Extrait de « Point de rupture »

Minuit trente…

Marc était assis dans sa voiture devant son condominium, se demandant ce qu’il allait faire. Son travail était terminé pour la soirée (il était temps!) et le lendemain serait très probablement une journée chargée.

La sœur de la victime, en choc nerveux, avait eu besoin des soins médicaux. Il n’aurait donc servi à rien de tenter de l’interroger dans l’immédiat, et ils devraient le faire le lendemain. Marc avait reconduit Mélanie à sa nouvelle demeure de Westmount. Quelle baraque! Il était entré quelques minutes, le temps de jaser un peu. Bien que ce ne fût pas l’envie qu’il lui manquât, il ne s’était pas attardé. Il avait dû avoir recours à toute la force de son esprit pour tenter de se concentrer sur ses paroles.

Travailler côte à côte avec elle, si belle et si sublime, autour d’une scène de torture sado-maso l’avait excité au plus haut point. Dans ses fantasmes des dernières heures, il la jetait au sol et la prenait sauvagement sur le plancher, à côté du lit où reposait le cadavre, pour la pénétrer encore et encore, comme un étalon en rut. Avec passion, avec violence. Elle lui griffait le dos et le sang mêlé de sueur lui coulait le long de la colonne vertébrale. Malgré ses cris de détresse pour qu’il arrête, il voyait le bout de ses seins se durcir par l’insatiable plaisir. Il s’imaginait les mordre jusqu’à gouter son sang, marquant ainsi son territoire, son pouvoir. Dans son esprit, malgré ses supplications d’arrêter, il voyait ses yeux brillants le conjurant de continuer. Dans la chaleur étouffante, l’odeur de décomposition du cadavre était enivrante. Il la retournait à plat ventre et la sodomisait férocement, pour qu’elle comprenne c’était quoi un homme, un vrai. Malgré ses hurlements de douleur, elle levait son cul afin qu’il la pénètre plus profondément.

Il est sans dire qu’il avait eu un mal de fou à se concentrer. C’était déjà assez difficile comme ça, il avait en plus dû supporter la présence du mollusque. Juste à imaginer ce petit minable toucher sa précieuse Mélanie, il en avait mal au cœur. Il était trop mauviette, trop ordinaire. Elle avait besoin d’un homme comme lui, quelqu’un de fort qui saurait la satisfaire.

Il ferma les yeux et reposa sa tête sur l’appui de son siège, tentant de retrouver les images de son fantasme. Mélanie était maintenant sur lui et le chevauchait avec un mouvement de haut en bas intense, violent, sauvage. Sa chevelure noire était trempée et retombait sur son visage. Elle donna un coup de tête en arrière pour jouir et son visage se dévoila; à sa grande stupeur, ce n’était pas celui de sa magnifique partenaire… non. C’était celui de sa propre mère, les yeux durs et froids. Son visage commença à s’écaler en noircissant, brulant sous d’intenses et invisibles flammes. Tandis que l’épiderme fondait, laissant entrevoir les muscles, un sourire carnassier apparut sur le visage maintenant presque méconnaissable. Marc ouvrit prestement les yeux et donna un coup de poing sur le volant avec rage.

Malgré sa fatigue de la journée, à la fois due au supplice des dernières heures et à sa courte nuit de sommeil, il décida qu’il était maintenant impossible d’aller se coucher. Il devait exorciser cette affreuse image. Il n’avait pas pris rendez-vous à son club habituel, mais avec un montant substantiel à la clé, il serait très certainement capable d’obtenir les services privés dont il avait besoin. Il tourna donc la clé dans le contact, faisant ainsi ronronner le moteur de sa Mustang noire, en se demandant ce qu’elle penserait de lui si elle savait ce dont il avait besoin pour se contenter. Mel serait peut-être choquée au début, mais elle apprendrait vite à aimer ça, il en était certain.

Cela lui prit un peu plus de temps qu’à l’habitude pour se rendre au club. Il y avait encore quelques manifestations, mais, heureusement, la rue où l’établissement illégal se trouvait était déserte. Il cogna à la porte et mit en évidence devant la petite fenêtre les billets de banque qu’il tenait à la main. La porte s’ouvrit et il demanda un service spécial. Sa partenaire n’avait qu’à bien se tenir. Elle mériterait les cinq-cents dollars qui lui remettraient à la fin de la séance… le moindre sou noir.

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