Connaitre le gout du nénufar!

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C’est quoi ce titre à la con rempli de fautes d’orthographe? vous demandez-vous. Lisez et vous comprendrez! Ce n’est pas un mystère : la langue française peut être compliquée. Pour avoir jeté un coup d’œil à la façon dont elle est enseignée de nos jours (une collègue très bonne en français avait de la difficulté à comprendre le devoir de français de son fils… j’ai compris pourquoi en tentant de démêler ce charabia à mon tour), je comprends que cela va de mal en pis!

La nouvelle orthographe (ou plutôt l’orthographe moderne) aide à rectifier certaines anomalies de la langue, comme les trémas sur le « u » de « aigüe » au lieu du « e », le retrait des accents circonflexes sur « i » et « u » pour les mots comme « gout » et « connaitre », l’ajout d’un accent grave et le retrait d’une des consonnes doubles pour les mots comme « renouvèlement » et « étiquètera », le remplacement du trait d’union par la soudure dans certains mots composés d’un verbe suivi d’un nom comme « portemanteau », « essuietout » ou encore dans « entrejambe », et j’en passe. Le but des accents sur les mots est censé être la distinction phonétique. À quoi cela sert-il d’avoir un accent circonflexe sur « gout » et « connaitre »? Vous l’avez deviné, cela ne sert à rien! La graphie rectifiée a pour but de corriger certaines erreurs du passé ou, plus exactement, de rendre l’orthographe plus logique. Pour ceux qui croient que ces changements équivalent à un nivèlement vers le bas, détrompez-vous!

Cependant, je crois qu’une réforme en profondeur aurait pu être faite. Avec un ajustement à moitié (pour ne pas être trop violent dans le changement), on se ramasse encore avec des exceptions à la règle!

Par exemple, on aurait pu souder tous les mots composés d’un verbe et d’un nom (sauf si cela risque de créer une erreur de prononciation). On écrirait donc « gardecôte », « curedent » et portecouteau », par exemple. Tant qu’à remplacer le « ph » de « nénuphar » par un « f » (nénufar), pourquoi ne pas faire de même pour « éléphant » (éléfant) puisqu’on dit bien « enfant », ou pour « atmosphère » (atmosfère) puisque nous écrivons « mongolfière »? Dans ce deuxième cas, est-ce à cause du mot « sphère »? Changeons-le pour « sfère » et n’en parlons plus! J’en conviens, c’est un peu moins joli au premier coup d’œil. Toutefois, souvenez-vous lorsqu’on a commencé à écrire « clé » au lieu de « clef ». On disait la même chose et pourtant, maintenant, c’est de voir le mot « clef » qui fait bizarre, non? On a la lettre « f » pour faire ce son, pourquoi utiliser le « ph » pour la même phonétique? Que dire du « w » qui doit être prononcé « v »? Pourquoi ne pas inscrire « vagon » au lieu de « wagon »? Personnellement, ça me fait friser les oreilles lorsque j’entends « Valter » au lieu de « Walter »! Tabou de tous les tabous : si j’aurais. Je me fous un peu que Madame « Si » n’aime pas Monsieur « Rais ». On dit bien l’avoir su, je ne l’aurais pas fait? le « rais » suivant un « si » est pourtant accepté lorsque le « si » n’est pas un introducteur d’hypothèse, mais bien une interrogation indirecte, comme « Je me demandais si on pourrait aller marcher ». Pourquoi faire un esclandre lorsqu’on dit « Si j’aurais su, je ne l’aurais pas fait? » Avec la graphie rectifiée, tous les verbes en « eter » et « eler » se conjuguent comme « acheter » et « peler »… sauf « Appeler » et « jeter ». Pourquoi? Nous créons encore une exception quand il serait plus simple d’écrire également « je jète » et « j’appèle ».

Ça, c’était pour ce qui serait quand même assez simple à corriger. Il en est tout autrement pour le genre des mots! Est-ce UN esclandre ou UNE esclandre? Ou bien, UN ascenseur ou UNE ascenseur? Pour ma part, pourvu que ça monte et que ça descende, je n’ai pas de problème avec le sexe du bidule! Pourquoi dit-on « UNE automobile » pour également dire « MON automobile » (au lieu de « MA automobile ») Ce serait donc plus intelligent que le mot « automobile » soit masculin. Les voyelles en début de mot sont instables et le genre du mot tient parfois de la devinette. Avec le temps, on connait le genre, mais ce n’est pas facile lorsqu’on essaye de faire comprendre la logique de la langue à quelqu’un. Lorsqu’on peut mettre « le » ou « la » devant un mot (qui débute par une consonne), c’est plus simple. On sait tout de suite que ce sera toujours masculin ou féminin. Cependant, le « l’ » que l’on met devant les mots commençant par une voyelle nous pousse parfois à nous poser des questions. Est-ce « UNE erreur » ou « UN erreur »? « UN escalier » ou « UNE escalier »? À mon humble avis, il faut arrêter de rendre ça plus compliqué que ça l’est en réalité et ne pas grimper dans les rideaux lorsque le genre est mal utilisé pour les mots débutant par une voyelle.

On dirait que les francophones croient qu’en compliquant encore plus la chose, ils prouveront la grande supériorité intellectuelle de la race. Faux : ça fait plus de gens qui ne savent plus où donner de la tête et qui décident de dire « fuck off ». Pour rester vivante, la langue française doit évoluer en même temps que ses utilisateurs. Je ne parle pas d’écrire au son, mais bien d’adapter l’écriture d’un point de vue évolutif. Qu’est-ce qui est mieux : la rectification ou l’annihilation?

Maintenant, si vous avez bien suivi, vous comprenez la raison de ce titre à la con DÉPOURVU de fautes d’orthographe!

MOT DE CHANTAL CONTANT, LINGUISTE

Nous aurions besoin d’une grande réforme linguistiquement, mais nous ne sommes pas prêts socialement à y faire face.

Donc, d’un point de vue technique ou scientifique, il serait approprié d’apporter beaucoup de changements à la langue française écrite pour en régulariser l’orthographe, pour la simplifier. Mais les francophones ne sont pas prêts à accepter de tels changements majeurs.

En tant que linguiste, j’aurais été prête à tout, même à une écriture phonétique puisque l’écriture est, à la base, une convention pour mettre sur papier ce que l’on entend à l’oral : on est toujours en droit d’améliorer une invention humaine si elle a des défauts. Mais, en tant qu’être humain connaissant ses semblables (résistance spontanée aux changements, méconnaissance par le grand public des justifications linguistiques lors de tels changements, et méconnaissance en général de l’histoire de l’orthographe au fil des siècles), le côté sage et limité des rectifications actuelles me convient parfaitement.

J’invite tout le monde à appliquer cette orthographe moderne au quotidien : elle ne défigure pas les textes. Détails sur www.nouvelleorthographe.info.

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