La maison ressuscitée

maison

* La graphie rectifiée est appliquée à ce texte.

Lorsque j’ai entrepris l’écriture de « Causalité paradoxale », je tenais à ce que l’histoire soit le plus réaliste possible. Je désirais que les gens puissent « googler » certains termes et être en mesure de réaliser que mes propos se tenaient malgré la complexité de certains aspects. C’est le cas des algues du fameux lac Klamath par exemple ou bien le principe même d’une causalité paradoxale. Ce souci du détail m’a demandé énormément de recherche d’un point de vue technique, mais aussi en ce qui concerne les lieux où se passait l’action.

Je connaissais déjà, en raison de mon vécu, plusieurs endroits : le kiosque du parc Beaubien au coin d’Iberville et Beaubien. Pour mon livre, j’ai imaginé l’ancienne brochetterie Beaubien de ma jeunesse avec son auvent bleu poudre fané. Ce fut plus difficile pour la maison de Marc Arsenault à Westmount, puisqu’il m’était impossible « d’effectuer une reconnaissance du terrain. À l’aide de « Google Street », j’ai amorcé ma marche virtuelle au cimetière devant lequel je suis passée de nombreuses fois durant mes études aux HEC pour finalement réussir à dénicher la maison idéale. Essayez de votre côté : allez tout au bout de la rue Oakland à Westmount et vous verrez la fameuse maison (à droite), qui est en quelque sorte la pierre angulaire de l’histoire.

L’idée de mettre en place le laboratoire de Michael St-Pierre en bordure du village de Carlsbad Springs m’est venue plus tard, lors de mes déplacements quotidiens vers Ottawa. Tous les jours, je passais devant une maison désaffectée qui avait, à mes yeux, un énorme potentiel. Je trouvais extrêmement dommage que personne n’y habite et, si j’avais eu de l’argent, je l’aurais même achetée pour faire comme Michael. Mais non, pas un laboratoire de recherche en microbiologie (vous l’aviez compris, j’espère!), mais une écurie avec des chevaux. Dans la réalité, l’état de la maison était encore pire que dans l’histoire : les fenêtres dépourvues de vitres étaient placardées de feuilles de contreplaqués, le toit était troué à plusieurs endroits et l’herbe devant la bâtisse s’était transformée en foin. Chaque fois que je passais devant la maison, je ne pouvais m’empêcher de rêver un peu à une étable à moi… et aussi à plusieurs scènes de mon livre. Je me suis toujours sentie étrangement proche de cette maison, comme si je connaissais un secret inconnu de tout un chacun.

Un jour, je remarquai qu’un chemin menant de la route au porche de la maison avait été tondu. Quelque temps plus tard, un nouveau toit de bardeaux commença à remplacer l’ancien revêtement (voir l’image illustrant l’article). Ce fut par la suite une nouvelle fenestration et un rafraichissement du revêtement de bois blanc de la maison. Je n’ai jamais vu d’enseigne indiquant que la maison était à vendre, mais, il y a quelques mois, j’ai remarqué une nouvelle clôture blanche à la droite de la demeure, exactement où je l’aurais mise si j’avais eu les moyens de mettre à jour mon projet idyllique. Et puis, un matin de cet été, une grande joie m’a envahi : j’aperçus trois chevaux brouter à l’intérieur de l’enclos. Par la suite, un second enclos fit son apparition à la gauche de la maison et plusieurs chevaux vinrent grossir les rangs du premier arrivage. Il y a maintenant une dizaine de têtes partagées de part et d’autre de cette (maintenant) belle maison de campagne.

Je sais que j’y suis pour rien, mais je ne peux m’empêcher de me dire que j’avais vu juste : cette maison avec tout le potentiel d’accueillir en son sein une écurie digne de ce nom. On ne sait jamais, peut-être un jour je verrai une annonce indiquant qu’il est possible de prendre des cours d’équitation. J’aurais peut-être même l’occasion de visiter l’intérieur de la maison. Je pourrais alors me laisser aller à croire que cet endroit fut jadis le théâtre d’un grand évènement. Je pourrai sourire en pensant qu’un jour l’humanité fut sauvée par deux voyageuses du multivers qui n’avaient comme but premier que de rendre une personne heureuse.

Vous savez, la réalité rejoint parfois la fiction. On ne sait pas ce qui s’est peut-être passé un jour à cet endroit, dans un univers parallèle au nôtre. Comme vous voyez, on ne s’ennuie jamais dans ma tête!

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