Nouvelle : Cinq degrés

Cinq degrés

Elle ne comprit pas ce qui se passait. En quelques heures, le monde était devenu sens dessus dessous. À l’ère où l’information se transmet plus rapidement que le virus du rhume, les médias n’avaient pas été à la hauteur. Comment l’auraient-ils pu ? Les villes disparaissaient plus rapidement que la propagation de la nouvelle, avalées par la noirceur, un assaillant impossible à combattre. Implacable. Lorsque Nadia mourut, tranchée par un éclat de verre géant provenant de l’édifice sous lequel elle courait pour tenter de se mettre à l’abri, elle ignorait toujours la cause de ce chaos. Son corps se sectionna si vite qu’en tombant au sol, elle ne réalisa même pas qu’elle était déjà morte. Elle eut le temps de voir, à moins d’un mètre de son visage, les deux tiers inférieurs d’elle-même, coupés de la clavicule droite à la hanche gauche. Un sanglant dernier battement de cœur, et elle ferma les yeux pour toujours. Elle s’éteignit sans même réaliser qu’elle était à l’origine de cette catastrophe planétaire. Elle n’était pas la seule coupable… mais elle en était en quelque sorte le Ground Zero. Il n’avait suffi que d’un petit détail… et de cinq poignées de mains virtuelles.

Tout avait commencé un an plus tôt. Nadia venait tout juste de s’assoir à son bureau du CERN, un café moka bien chaud à la main, lorsque son ordinateur bipa, demandant l’entrée d’un nouveau mot de passe. Tous les quinze jours, ça devenait ridicule à la fin ! Elle était en manque d’imagination totale et décida d’exceptionnellement le noter sur un bout de papier, qu’elle collât négligemment sous le clavier. Devant entrer son code vingt fois par jour, il serait vite mémorisé. Toutefois, Nadia oublia de détruire cette clé informatique à la fin de sa journée de travail, dérogeant ainsi à la stricte politique de l’organisation. Elle détruisit l’indésirable le lendemain… mais il était déjà trop tard.

Mikaël était à son premier jour de travail au centre de recherche. D’accord, ce n’était pas l’emploi du tonnerre, mais ce boulot de vide-poubelle de nuit le comblait. Il avait la paix. Il tenta toute la nuit de repérer un mot de passe lui permettant d’ouvrir les portes informatiques du CERN. Un hacker récemment rencontré sur le web lui avait dit pouvoir traverser toute protection d’accès réseau pourvu qu’il eût au moins un mot de passe valide. Mikaël en était à la moitié de sa nuit, et ne croyait plus trop tomber sur quelque chose d’intéressant, lorsqu’il retourna machinalement un clavier et dénicha la perle rare. Il survola les alentours du regard et trouva la plaque d’identification de l’infortunée employée : Nadia Bahon. Il détacha la manche de sa chemise, prit un stylo et inscrivit l’information sur son avant-bras avant camoufler le tout. Il ne pouvait plus attendre de finir cette fructueuse journée de travail !

Benjamin travaillait pour un cabinet d’avocat comme technicien aux TI. Il ne pouvait pas croire que ses études l’avaient mené à un travail aussi minable. « Oui, Madame Untel, il faut cliquer à droite pour obtenir le menu. Non, Madame. Pas à la droite de l’écran, mais sur le bouton de droite. Oui, vous avez un bouton droit. » Pathétique. Comme passetemps et pour se prouver qu’il était encore vivant, il entrait par effraction sur des réseaux informatiques. Compagnies pétrolières ou pharmaceutiques, partis politiques, etc. Il en profitait de temps à autre pour glaner de l’information intéressante, et l’offrir contre rémunération sur des réseaux clandestins. Le trafic de renseignements était une activité plutôt lucrative. Lorsqu’un certain Mikaël lui avait dit travailler au CERN, Benjamin y avait vu une occasion en or de faire un grand coup. Il avait déjà essayé de s’y introduire, mais, sans un mot de passe valide et un nom d’usager, c’était impossible avec un réseau aussi crypté. Une fois les précieuses données obtenues de cet inconnu qui croyait qu’ils étaient maintenant les meilleurs potes du monde, le pirate à temps partiel s’amusa comme un petit fou à naviguer dans un des systèmes les plus convoités. Il copia tous les renseignements qu’il put trouver sur le collisionneur, même s’il ne comprenait pas le centième de ce qu’il lisait, et mit l’info aux enchères sur un des sites undergrounds qu’il fréquentait. L’attente fut heureusement courte, et il transmit tout ce qu’il avait pu obtenir à JOS171 en échange d’un beau gros transfert bancaire sur un compte aux Caïmans. Il pourrait désormais se payer le nouveau serveur informatique dont il rêvait depuis si longtemps. Oui, la vie était belle !

Joséphine avait l’air d’une gentille hygiéniste dentaire ; elle arborait même l’air d’une nunuche de première avec ses longs cheveux blonds, ses yeux innocents et sa conversation (très) limitée aux derniers potins des stars. Les apparences sont souvent trompeuses dit-on… c’était un réel euphémisme en ce qui concernait la belle Josie. Une chose que lui avaient bien fait comprendre ses nombreux changements de familles d’accueil : tu n’obtenais rien dans la vie à moins de manipuler les gens et de te retrousser les manches. Son petit réseau avait pris quelque temps à se développer, mais elle était maintenant en mesure d’acheter des renseignements de plus en plus chers et de les vendre pour des sommes dépassant ses espérances. Lorsqu’elle reçut le message de BEN358, elle n’en crut presque pas ses yeux : les plans du collisionneur ! Elle pensa tout de suite à un tout nouveau contact aux Émirats arabes unis ; il serait bien content de pouvoir obtenir une telle technologie. Quelques courriels et voilà : sa première vente à six chiffres. Joséphine ne pouvait pas croire sa chance. Elle jouait maintenant dans la cour des grands.

Abd Al-Kader avait trouvé le moyen de s’élever encore plus dans les sphères du souverain : les plans pour créer un accélérateur de particules. Avec les fonds quasi illimités du pays, ils pourraient très certainement devenir la plus grande puissance de la planète. Ils possédaient déjà le pétrole ; pourquoi pas un collisionneur de hadrons ? Sans l’éthique mal placée des pays industrialisés, ils pourraient même trouver d’autres utilisations. Abd Al-Kader manœuvra bien ses pions sur l’échiquier : en à peine douze mois, les Émirats avaient réussi l’impossible. Il ne restait qu’à attirer dans leur antre des scientifiques ambitieux. Les salaires faramineux seraient comme du miel pour les abeilles.

Mohammed Kabir savait que le roi désirait se débarrasser des scientifiques locaux pour engager des impures. Il était prêt à vendre l’essence même de son pays à des étrangers. Traitre. En fidèle musulman, Mohammed croyait fermement que le salut du monde entier était perdu. Il n’y avait qu’une solution : tout détruire afin d’assurer que les fidèles aient enfin la chance de rencontrer Allah. Un monde meilleur pourrait être créé. Par une nuit tranquille, Kabir retourna au centre de recherche sous prétexte qu’il avait du travail à terminer. Le temps étant de l’argent, ce n’était pas rare que des gens couchent même sur place afin de terminer un projet. Personne n’aurait pu se douter que le petit rat de laboratoire détenait autant de connaissances ; il avait toujours été sous-estimé. Par une manœuvre tout à fait hasardeuse, il réussit ce qui était apparemment impossible : la création d’un trou noir. Microscopique au début, il grossit rapidement, avalant tout sur son passage. Mohammed s’agenouilla et s’inclina : il les avait tous sauvés.

Sans le savoir, Nadia Bahon, petite employée sans importance au sein du CERN, avait cinq degrés de séparation avec Mohammed Kabir, un scientifique extrémiste. Une simple dérogation à une procédure de sécurité qui était des plus banales avait dérapé en la destruction complète du système solaire. Le trou noir dévora la Terre en moins de vingt-deux heures. Suivit la Lune, Vénus et Mercure d’un côté, Mars, Jupiter et Saturne de l’autre. Lorsque vint le tour du soleil, tout espoir de stopper le phénomène avait disparu. Il n’avait suffi que de cinq degrés.

* La graphie rectifiée est appliquée à ce texte.

Poème : Détresse numérologique

Détresse numérologique

Vingt-trois. C’est l’axe de la terre, le nombre de chromosomes donnés par chaque parent, le rythme biologique de l’homme.

Vingt-trois. C’est l’âge où je rencontrai le prince charmant. Le moment où ma vie morne se transforma en rayon de lumière. Le chant des oiseaux fut plus intense, l’arôme des fleurs plus prononcé. Mon existence sembla soudainement avoir un sens : celui de l’aimer.

Vingt-trois. C’est le nombre de semaines requises pour que notre relation s’épanouisse, le temps nécessaire à l’homme de ma vie pour qu’il fasse sa grande demande, un genou au sol et une bague ornée d’un diamant étincelant à la main. Mon cœur se remplit de joie, les larmes firent briller mes yeux. Le bonheur était total.

Vingt-trois. C’est le nombre de mois que dura notre lune de miel, cette période où rien n’existe en dehors de l’être aimé, notre nouvelle moitié. On fait l’amour comme si le temps s’était arrêté, comme si les autres n’existaient plus. On est heureux.

Vingt-trois. C’est le jour du mois où je reçus ma première gifle, la date à laquelle mon château de cartes s’effondra et où mon conte de fées prit fin.

Vingt-trois. C’est le nombre d’années que dura mon enfer, où la peur fut masquée par le désir de lui plaire et de redevenir la jeune femme qui valait la peine d’être aimée.

Vingt-trois. C’est le nombre de coups de couteau que je lui donnai, un pour chaque année volée. C’est le nombre de minutes qu’il prit à se vider de son sang dans la baignoire et c’est le nombre de morceaux résultant de sa découpe, avant de finir dans la fosse septique… de vingt-trois mètres cubes.

Vingt-trois. C’est le prix de la bouteille de vin rouge que je me payai pour fêter ma libération.

Poème : Le cadeau d’adieu

Le cadeau d'adieu

Inspire…

L’odeur doucereuse emplit mes narines.

La peur me quitte.

Mon cœur s’emballe.

La joie me submerge.

Expire…

Le marteau et le ciseau de maçon me sourient.

Ils sont fiers, ils sont heureux.

Leur but est atteint.

Leur tâche est accomplie.

Inspire…

Ma curiosité n’en peut plus.

Elle doit voir.

Elle doit savoir.

Elle doit sentir.

Expire…

Ma main tremble.

Non pas de peur…

mais de fébrilité.

De concupiscence.

Inspire…

J’arrête mon geste.

Je suis maintenant effrayée.

Je passe de l’autre côté du miroir.

Le désir m’enflamme.

Expire…

Elle est la belle au bois dormant.

Elle est Blanche-Neige.

Elle est endormie…

pour toujours.

Inspire…

Je la regarde.

Si belle et délicate.

Si jeune et parfaite…

si morte.

Expire…

Les effluves métalliques me soulent.

Je n’en peux plus.

Je m’embrase.

Je succombe.

Inspire…

Je deviens quelqu’un d’autre.

Je me métamorphose.

Papillon quittant sa chrysalide…

sa prison.

Expire…

Je ne peux plus combattre.

La pulsion l’emporte.

Je plonge la main.

Je tue mon âme.

Inspire…

Ma main est chaude et rouge.

Mes doigts sont poisseux et sanglants.

Je les lèche goulument.

Il était en elle… et elle est maintenant en moi.

Expire…

J’écarte les pans de sa chair

auxquels des os cassés sont toujours rattachés.

Un couteau apparait dans ma main.

Je dois finir le travail.

Inspire…

Quelques secondes sont passées,

à peine quelques respirations,

depuis le dernier souffle de la belle,

la désirable, la douce… l’hypocrite.

Souffle bloqué…

J’entends ses pas approchés, je souris.

Il voulait tout d’elle : son corps, sa passion…

son amour.

Expire…

Je retire rapidement l’organe

de la cage thoracique défoncée.

Il entre et n’y comprend rien.

L’horreur est peinte sur ses traits.

Inspire…

« Bonjour mon chéri », lui dis-je,

avant d’éclater d’un rire dément.

Il voulait tout d’elle : je lui offre donc son cœur…

en guise de cadeau d’adieu!

NOTE : Le personnage principal de ce texte est Julie, l’auteure disjonctée de la nouvelle « Succès Assuré » (recueil « Divagations »).

* La  graphie rectifiée est appliquée à ce texte.

Nouvelle : Bananes, stylos et quoi encore?

Bananes, stylos et quoi encore

Les deux hommes se trouvant en compagnie de l’excentrique Hector Gervais se retournèrent comme un seul homme, stupéfaits. Le quatrième individu, Maxime Bouchard, ne fit pas un geste. Il lui aurait été difficile d’en faire autrement puisqu’il était raide mort. La musique et la vibration, provenant du téléphone cellulaire collé fermement à la tempe droite du défunt à l’aide de ruban adhésif, se firent entendre. Personne ne se retourna. C’était le même manège toutes les minutes depuis leur arrivée dans les égouts municipaux de la rue Wellington, tout juste au pied du Parlement d’Ottawa. Le mort, un blogueur politique au Huffington Post, se trouvait aussi pendu que sa langue, les yeux recouverts par un foulard de soie rouge. Il ballottait dans le vide à quelques centimètres du sol, nu comme un ver, le cou solidement attaché à l’aide d’une corde à un des barreaux de l’échelle menant dans les bas-fonds malodorants de la ville. On était peut-être au beau milieu de la zone touristique de la capitale nationale, mais aucune visite guidée ne se faisait à cet endroit. Le médecin légiste venait tout juste de retirer le ruban gommé se trouvant sur la bouche de la victime pour y trouver, contre toute attente, le permis de conduire et la carte de crédit du défunt lorsque Hector avait fait sa fracassante assertion. Le détective soupira lourdement : ses collègues n’avaient aucune imagination. Ils ne possédaient qu’une froide et monotone logique. Avec l’air de supériorité du professeur faisant face à des cancres, il se décida à leur faire bénéficier de son savoir :

― Comme je le disais, ce n’est pas un meurtre. C’est une asphyxie auto-érotique qui a mal tourné. C’est simple : en manque de sensation forte, il décide de mettre un peu de danger dans sa vie sexuelle désaxée. Puisqu’il vit toujours chez sa mère, et je dois dire qu’à trente et un ans c’est plutôt décourageant, il décide de s’octroyer une visite nocturne sous l’objet même de sa critique constante, c’est-à-dire le Parlement. Il descend par le trou d’homme en catimini, se déplace à plus de cent mètres dans l’eau stagnante avant de trouver un petit endroit sec pour y déposer ses vêtements. Il retourne à l’échelle, attache sa corde et la passe autour de son cou. Par peur de se faire voler, il sécurise ses cartes dans sa bouche afin qu’elles ne tombent pas inopinément pendant sa partie de fesses en l’air avec lui-même. Il met l’alarme de son cellulaire pour qu’elle sonne toutes les minutes au cas où il s’évanouirait. Il se bande les yeux afin d’augmenter la dépravation sensorielle et il se laisse lentement descendre, tout en gardant au moins un pied sur un barreau, laissant l’asphyxie l’amener à l’euphorie. Manque de bol, l’hypoxie qui s’en suit lui fait perdre connaissance et il perd pied. Affaibli, il est incapable de se sortir de sa fâcheuse position. Et voilà!

― Tu n’es pas sérieux, là, Gervais? demanda l’autre détective, pantois.

― J’oubliais! L’autopsie révèlera probablement des traces de drogue, GHB ou ectasie, utilisée afin d’augmenter son nirvana rocambolesque.

― C’est le troisième cas de mort étrange en cinq mois, dit le médecin légiste. Une mort par surdose de bananes et un meurtre à l’aide d’une vingtaine de stylos. C’est fou!

― Avec Internet, mon cher, il n’y a plus rien qui m’étonne! s’exclama Hector. Bon, ce n’est pas que je m’ennuie, mais je vous laisse à votre travail de croque-mort.

Le vaudevillesque détective s’approcha prestement du mort et lui enleva dare-dare le foulard de soie rouge, sous les yeux ahuris de ses collègues. D’un geste théâtral, il l’enroula autour de son cou avant de s’enfoncer dans la sombre et nauséabonde canalisation. Il ne lui restait plus qu’à mettre en scène deux ou trois autres décès loufoques avant de pouvoir publier un mémoire sur ses enquêtes les plus mémorables et prendre une retraite confortable. Ce n’est pas de ma faute!, se dit-il, tout en marchant d’un pas léger sans se soucier des rats lui ouvrant la marche, c’est tellement ennuyant une ville de fonctionnaires! Un peu de piquant n’a jamais fait de mal à personne après tout!

Mention spéciale du Jury au concours de polar MonBestSeller

Défi : Nouvelle policière – maximum absolu de 3 450 caractères – Volet régional obligatoire

Nouvelle : Le saut de l’ange*

Source: Coolxnalara - DeviantArt

Source: Coolxnalara – DeviantArt

Le temps était soudainement en suspens. Entre le moment où je fus poussée dans le dos et celui où mes pieds quittèrent le tablier du pont, la trotteuse sembla prendre une petite vacance. Je commençai mon saut de l’ange en me disant que la rivière noire ressemblait plus à un miroir de marbre qu’à de l’eau… ce n’était pas bon signe. Je pensai rapidement à ce qui m’avait amenée vers cette fatidique seconde, et je me dis : « Mais pourquoi ai-je donc liké Camille Britton ? »

Deux semaines plus tôt…

Ce soir-là, j’étais toute peinarde dans ma chambre, comme une duchesse négligemment étendue sur ses coussins de soie, ma tablette au bout des doigts. Les mioches étaient dans leur chambre, deux petits morveux qui n’avaient pas arrêté de crier depuis l’heure du souper. Leur père, à qui j’osais à peine à attribuer la dénomination de « mari » tant il était à des années-lumière de ma propre existence, était bêtement affalé devant un match de foot. Je surfais sur Facebook, tentant de me changer les idées lorsqu’une demande d’amitié apparut en haut de la page, telle une bouée jetée providentiellement à la rescousse de mon esprit s’enfonçant dans les eaux tumultueuses de l’ennui. Je ne connaissais pas cette « Camille Britton », mais son avatar de petit chat mignon m’attira. Je connaissais tellement de gens, il était possible que ce soit une amie d’une amie (ou bien une des poufiasses du secondaire ayant oublié toutes les humiliations qu’elle m’avait si gentiment fait subir). Curieuse, j’allai sur sa page afin de connaitre un peu plus l’animal que j’avais ajouté à ma bassecour. Il y avait un beau petit post disant « aimez ma page et gagnez une nouvelle vie ». Une nouvelle vie, rien de moins ! À ce point-ci, à part vendre mon corps sur le coin d’une rue (et encore là !), j’étais prête à faire n’importe quoi pour me sentir à nouveau vivante. Sans trop y penser, je fis comme il m’était demandé et je passai à un autre appel. Je me couchai en me faisant des scénarios du prix à gagner : un million de dollars, un voyage à Hawaii, une croisière à l’autre bout du monde, une nouvelle identité… un tueur à gages pour mon sportif de salon. Je m’endormis, recroquevillée de mon côté du lit, en rêvant à toutes les possibilités qui s’offraient à moi.

Le lendemain, je ne pensais déjà plus à cet étrange concours lorsque je reçus un message privé :

« Bravo ! Vous avez gagné une nouvelle vie. Veuillez trouver ci-joint un questionnaire à répondre le plus honnêtement possible. »

Je savais ce que cachaient ces petits stratagèmes : je me retrouverais avec un abonnement à Weight Watchers, enregistrée auprès de l’Église de scientologie ou bien abonnée à une revue existentielle quelconque. Je me dis que, puisque je connaissais les risques, je saurais éviter les pièges. De plus, je pourrais m’amuser un peu aux dépens de ce (ou cette) supposé Camille Britton. On verrait bien qui était le plus futé !

Q1 : Que voulez-vous changer ? R1 : ma vie (c’est ce que vous m’avez promis, non ?)

Q2 : De quoi avez-vous peur ? R2 : des hauteurs.

Q3 : Quel est votre souhait le plus cher ? R3 : voler comme un oiseau.

Q4 : Que craignez-vous dans la vie ? R4 : la solitude.

Q5 : De quoi avez-vous besoin ? R5 : de solitude.

Je riais à l’intérieur de moi-même : je mettais volontairement mes réponses en contradiction. Je me demandais bien vers quel entubage je serais dirigée. Je finis ce sondage à la con et retournai à mes casseroles : je devais quand même nourrir les êtres inutiles vivant sous mon toit. J’aurais bien retourné deux d’entre eux d’où ils venaient (non pas dans mon utérus, mais bien dans les couilles de leur père) et j’aurais sorti ladite nullité sur deux pattes de ma vie à coups de pied au derrière. Dans les jours qui suivirent, j’allai souvent vérifier ma messagerie Facebook sans trouver aucune réponse de Camille Britton. J’étais assez fière d’avoir eu le dernier mot. Décidément, on me prenait vraiment pour une ménagère sans cervelle !

Je ravalai ma bravade une semaine plus tard, lorsque je trouvai un colis sous mon porche. Il était sommairement empaqueté dans du papier kraft, comme une vulgaire pièce de viande. Je mis mon oreille au paquet : non, aucun « tictac » suspect. J’examinai l’emballage plus attentivement : aucune adresse de l’expéditeur… aucun timbre non plus. J’ouvris avec précaution le paquet pour y trouver deux guides sur la découverte de soi et une carte, que j’ouvris avec circonspection.

« Votre collaboration fut grandement appréciée. Veuillez trouver ci-joint un petit coup de pouce pour achever la mise en place de votre prix. Amicalement, Camille. »

À l’intérieur de ladite carte, je trouvai un billet d’avion et une réservation d’hôtel pour la Provence. Je me demandais si je n’aurais pas intérêt à aviser daredare les autorités : c’était assurément un stratagème pour piéger de pauvres femmes dans les méandres du trafic humain. Je n’étais pourtant plus une petite poulette de dix-huit ans, ce fraudeur aurait dû le réaliser en lisant mon profil, que diable! Je mis le tout dans mon tiroir de chambre et retournai à ma besogne : je devais me préparer, car ce soir c’était mon anniversaire et mon cher mari m’inviterait très certainement au restaurant et au cinéma. Cliché, je sais, mais je ne sortais pratiquement jamais. Ce petit écart du traintrain quotidien m’était suffisant. Toutefois, ce soir-là, j’eus droit à un oubli complet de mon anniversaire tandis que ma mauviette s’installa au salon avec ses amis pour un match de foot. Le lendemain, je fis ma valise, laissai un mot disant : « Je n’en peux plus, je prends des vacances. Je t’appelle dans quelques jours » et partis à l’aventure.

Et c’est comme ça que je me retrouvai perchée sur le bord du pont d’Artuby, un harnais entre les jambes et un élastique démesuré attaché aux chevilles. Les détails de l’étonnant rendez-vous avaient été laissés à mon hôtel, et je fus accueilli sur le lieu de ma bêtise par une équipe se disant envoyée par Camille Britton. Tandis que j’atteignais le bout de mon câble et que je rebondis, semblant voler comme un oiseau, je me sentis enfin libre et légère, pour la première fois depuis des années. À cet instant, je sus pourquoi j’avais liké Camille Britton : pour me prouver que je pouvais aller au bout de mes possibilités, que rien n’était hors de portée aussi longtemps que j’aurai le gout de vivre et que la peur de l’inconnu serait un concept à oublier à l’avenir. Maintenant, je savais ce que je devais faire. Je n’avais pas encore atteint la moitié de ma vie : il était temps de vivre à plein la seconde moitié.

Mais au fait, me demandais-je encore, qui est Camille Britton ?

* Ce texte est conforme à la graphie rectifiée.

Mon blogue fait peau neuve!

1- Image du blog (full non utilisée)

Bienvenue sur mon tout nouveau blogue, consacré totalement à l’écriture. Vous y trouverez mes articles précédents sur le sujet et, dans les prochaines semaines, je publierai quelques nouvelles littéraires gratuitement. Je vous ferai également part de mes lectures « coups de cœur ».

J’ai aussi ajouté un extrait de « Point de rupture », mon dernier roman (à l’extrême droite de la barre de menu).

Gare au roman… de gare! *

Gare au... roman de gare

« Ce n’est qu’un roman de gare! » Qui n’a pas entendu cette expression, généralement proclamée avec mépris et condescendance, à propos d’un livre jugé de piètre qualité? Dans les faits, qu’en est-il réellement de ce fameux concept?

Le principe du roman de gare fut mis de l’avant au milieu du dix-neuvième siècle par un brillant homme d’affaires qui implanta un vaste réseau de kiosques, offrant différentes babioles aux voyageurs en mal de divertissements, tous établis le long du réseau ferroviaire britannique. L’idée fut reprise quelques années plus tard par la célèbre Librairie Hachette qui mit sur le marché une collection spéciale de bouquins, d’un format plus réduit (le précurseur du roman de poche), à être vendus au sein de ce qui deviendra les bibliothèques des chemins de fer à travers la totalité du réseau ferroviaire français, dont elle avait d’ailleurs le monopole total.

Qu’est-ce qui caractérise le roman de gare? Une lecture distrayante et facile, incluant divers genre littéraire, allant du polar à l’espionnage en passant par la romance. C’est généralement un livre plutôt court et concis dont le seul but est de divertir les gens sans arrière-pensée. On oubli alors les briques de cinq-cents pages et les histoires complexes à la De Vinci Code, Millenium ou bien (de grâce!) Fifty Shades of Grey (non pas parce que c’est une histoire complexe, mais bien parce qu’il est trop volumineux et… que vous risquez fort de rater votre prochaine station, de sauter sur votre voisin de voyage comme une chatte en chaleur ou bien de mouiller indécemment votre siège de train!). Retournons aux choses sérieuses… où en étais-je déjà? Ah oui, les caractéristiques du roman de gare. Bien que ce ne soit pas une règle absolue, ce type d’ouvrage est souvent quelque peu humoristique.

Pourquoi ce type de littérature est-il si péjorativement estimé? Probablement parce que le roman de gare se vend bien et que les intellectuels n’apprécient pas le phénomène. Avec l’arrivée des liseuses et tablettes électroniques, le nombre de pages d’un livre n’est plus un obstacle en voyage. Toutefois, le style du roman de gare est unique : léger et divertissant, ces deux caractéristiques n’étant en rien synonyme de navet.

Voici donc quatre romans de gare que j’ai eu la chance de lire cet été :

« Je ne suis que la secrétaire » par Laurence Lopez Hodiesne.

Gare au... roman de gare (Je ne suis que la secrétaire)

Écrit sous la forme d’un guide de la parfaite secrétaire, je n’ai pu m’empêcher de rire à de très nombreuses reprises. Travaillant moi-même dans le domaine du secrétariat et de l’administration depuis vingt ans, plusieurs situations racontées avec délice par Laurence ont fait remonter plusieurs souvenirs de situations particulières que j’ai vécues. Ce livre n’est pas seulement dédié aux secrétaires, mais bien à toute personne voulant avoir une idée du quotidien des gens qui vous accueils souvent au sein d’une entreprise ou bien qui on la difficile tâche de vous répondre, un sourire dans la voix, lorsque vous téléphonez pour un rendez-vous ou bien vous plaindre. Un pur délice!

« Un taxi pour Khamût Khan » par Anto Sass.

Gare au... roman de gare (Un taxi opur Khâmut Khan)

Un roman d’espionnage abracadabrant, où action, aventure et humour britannique sont au rendez-vous. Un mélange de James Bond séducteur… mêlé de quelque chose à la Austin Power (vous voyez le genre!). De belles femmes, de belles voitures, de gros canons (heu… je parle des armes là!) et deux agents secrets, un Britannique et un Écossais, qui s’amusent parfois un peu trop en oubliant presque l’objectif premier de leur mission. Vous trouvez que votre vie manque de piquant? Lancez-vous dans la lecture de la série « Éternel SIS »!

« L’amour comme s’il en pleuvait » par Azel Bury.

Gare au... roman de gare (L'amour comme s'il en pleuvait)

Moi qui ne suis pas du tout romantique, je n’ai pu m’empêcher de le lire en une seule après-midi. Ce livre me rappelle quelque peu le style du célèbre Bridget Jones’s Diary de Helen Fielding. C’est une histoire drôle qui parle d’amitié et d’amour malgré certaines situations loufoques et plusieurs quiproquos qui auraient pu foutre en l’air toute cette belle harmonie. C’est le genre d’histoire qui met du baume au cœur et qui nous réchauffe par une froide soirée d’hiver. L’amour, ce n’est pas toujours compliqué : ça peut être si doux et si simple!

« Cover up 101 » par … Caroline Plouffe.

Couverture (noire)

En parlant de froide soirée hivernale, comment pourrais-je passer sous silence mon petit dernier à l’humour sarcastique publié il y a quelques mois? Vous vous demandez ce que vous feriez si vous tuiez votre meilleure amie par erreur? Lisez Cover up 101 et apprenez quoi faire ou ne pas faire dans une situation semblable! Chloé a les mains pleines de pouces et n’a vraiment aucun sens pratique. De plus, tous les éléments sont contre elle : une clé perdue, un incendie, une minuscule voiture, une tempête de neige, un policier un peu trop à cheval sur les procédures… et tout ça en quelques heures seulement. Réussira-t-elle à maquiller le meurtre de Claire en accident de la route? Rien n’est gagné d’avance!

J’espère que j’ai su vous faire voir le côté noble du roman de gare, qui est un genre littéraire en vogue depuis plus de 165 ans. On pourrait de nos jours l’appeler le roman d’aérogare, de terminus de bus de salle d’attente d’hosto ou de dentiste. Un style sur mesure pour le cerveau surmené qui a besoin de se détendre et de se changer les idées sans s’emmêler les neurones.

Pour découvrir les derniers romans parus dans cette catégorie littéraire ou bien pour suggérer vos propres « lectures de gare », je vous invite à visiter et joindre le groupe « Romans de gare » sur Facebook :

Gare au... roman de gare (groupe)

Vous pourriez y faire des découvertes intéressantes et vous découvrir une nouvelle passion littéraire!

* La graphie rectifiée est appliquée à ce texte.

Entre les deux mon cœur balance !*

Entre les deux, mon coeur balance

Mais non mes amis, mon cœur ne se balance pas entre deux soupirants! En fait, le mien ne se balance plus, il a trouvé son « match ». Toutefois, le cœur de plusieurs d’entrevous semble toujours se trouver dans l’indécision.

Depuis mon dernier texte concernant les nombreux bénéfices de l’encre électronique (E-ink, mon amie !), plusieurs personnes m’ont dit encore hésiter entre une liseuse et une tablette. Je dois alors leur poser des questions afin de connaitre l’utilisation prévue pour qu’ils fassent le bon choix. Ce n’est pas parce que, pour moi, la liseuse Kindle était la réponse à mes prières (figurativement parlant!) que c’est la même chose pour tout le monde. La liseuse est limitée graphiquement et fonctionnellement comparativement à la tablette électronique. Je vous ai préparé deux petites listes de contrôle tout simple afin que vous puissiez évaluer adéquatement vos besoins.

Entre les deux, mon coeur balance (2)

Il vous suffit maintenant de comparer le nombre de crochets dans chacun des tableaux. Toutefois, si vous avez répondu par l’affirmative pour l’une des options inscrites en gras et que c’est un point important pour vous, je vous suggère fortement d’évaluer la possibilité de choisir cet appareil. Qu’arrive-t-il si vous avez choisi les deux options inscrites en gras et qu’elles sont toutes deux importantes pour vous? Il n’y a aucun mal à avoir à la fois une liseuse et une tablette. Il y a des modèles disponibles dans les deux clans à moins de 100 $.

Si vous êtes un lecteur compulsif, vous dépensez probablement entre 15 $ et 50 $ par mois en livres (c’était mon cas). Avec une liseuse ou bien une tablette, ce montant se verra diminuer de 50 % à 90 %, surtout si vous achetez vos livres sur Amazon.

Pourquoi ne pas vous faire un cadeau cet été : choisir la légèreté, l’économie et l’ergonomie. Ce sera un petit investissement qui vous sera des plus bénéfiques.

Bon été… et bonne lecture électronique!

* La graphie rectifiée est appliquée à ce texte.

E-Ink, mon amie!*

Liseuse

Lorsque je parle des bienfaits de ma liseuse… Je vous vois venir, là! Avant de dire : « Ah non, pas encore un lavage de cerveau au sujet de sa foutue liseuse électronique! », je vous invite à prendre une grande respiration, à vous servir un café ou un verre de vin et à continuer votre lecture, car vous pourriez être surpris.

Je disais donc, lorsque je parle des bienfaits de ma liseuse (qui est devenue indispensable à ma vie de lectrice compulsive!) les gens me répondent immanquablement : « Moi, je ne suis pas capable de lire longtemps sur un écran ». J’ai une grande nouvelle pour vous : moi non plus! C’est tellement vrai que, lorsque je dois vérifier l’un de mes textes, au lieu de tuer des arbres à imprimer le tout (de plus, les cartouches laser ne sont pas données!), je transfert le fichier sur ma liseuse où je peux prendre des notes et surligner des passages afin d’effectuer les corrections plus tard.

Fonctionnement

Le fonctionnement de base de l’encre électronique est tout simple : c’est du magnétisme. Voici un petit dessin qui vous éclairera sur la « mécanique » du processus :

E-Ink fonctionnement

(source de l’image : Actualitté)

Est-ce que vous vous rappelez nos fameuses ardoises magiques? C’est pratiquement du pareil au même. Les particules noires et blanches dansent au rythme des lettres, attirées par de petites électrodes aux extrémités. Le fondement n’est pas très moderne finalement, puisque la société Xerox étudiait déjà cette technologie au milieu des années 60.

Lorsque vous lisez sur une liseuse, vous avez donc l’impression de lire sur une feuille de papier. C’est même mieux, car les pages très blanches du papier donnent parfois mal aux yeux (surtout lorsqu’on lit au soleil) tandis que le fond de la liseuse est un peu grisâtre.

Un appareil standard (comme la Kindle d’Amazon) n’utilise que très peu d’énergie, et il peut survivre des semaines sur la même charge. Comme un livre, l’utilisation d’une lumière d’appoint sera peut-être requise lorsqu’il fait sombre dans la maison. Les liseuses rétroéclairées demandent un peu plus « de jus » (à peine). Pour ce modèle, vous pouvez régler l’éclairage du texte « par en dessous » pour vous aider à lire lorsque votre environnement est plus sombre. Bien que l’écran s’éclaire légèrement, c’est quand même beaucoup moins difficile que de lire sur un écran d’ordinateur ou de tablette puisque l’appareil illumine la surface de l’écran et non pas vos yeux. Une subtile distinction qui fait toute la différence.

Contrairement aux tablettes et aux téléphones intelligents, la liseuse a un écran mat qui ne fait aucune réflexion. Cet appareil est idéal pour lire au soleil.

Types de liseuses et options

Le cout est quand même raisonnable : 79 $ pour une Kindle de base (présentement en spécial à 64 $!), et environ 130 $ pour une Kobo de base. En général, vous ne pouvez pas emprunter de livres électroniques à la bibliothèque avec la liseuse Kindle puisqu’elle ne lit pas le format Epub. Toutefois, vous aurez accès à des centaines de livres à des prix vraiment avantageux. Aussi, il n’est pas requis de posséder une liseuse pour lire sur Amazon : les livres achetés sont conservés dans le nuage et vous pouvez y accéder de votre ordinateur, votre tablette ou bien de votre téléphone intelligent à l’aide d’un programme totalement gratuit. Tous ces beaux appareils peuvent être synchronisés afin que vous passiez de l’un à l’autre facilement, en continuant votre lecture où vous étiez rendu. De plus, l’application favorise la lecture à l’écran en apposant un filtre (si désiré) afin d’amenuiser la luminosité de votre écran.

Avantages incontestés

Vous trainez votre bibliothèque avec vous en tout temps : si vous êtes entre deux livres ou bien changez d’idée de lecture, vous pouvez changer de livre en un seul clic du doigt.

La liseuse est très légère : adieu mal de poignets ou difficulté à lire tout en mangeant. De plus, vous pouvez la tenir facilement à une seule main en tournant les pages avec cette même main (très pratique lorsque vous avez deux chats qui décident que vous êtes le coussin idéal pour s’octroyer un roupillon!).

Un roman se vend normalement entre 20 $ et 30 $. Les livres électroniques se vendent généralement sous la barre des 15 $. Une grande sélection de livres est offerte en promotion gratuite (en provenance d’éditeurs ou d’auteurs indépendants) ou à moins de 5 $. Vous découvrirez ainsi de nouveaux auteurs qui vous amèneront à travers des expériences de lecture mémorables. Personnellement, j’ai abandonné la lecture des deux derniers romans édités que je lisais, car ils étaient plutôt ennuyeux. J’aime la fougue et la stupéfaction que m’apportent souvent les nouveaux auteurs.

Vous craignez de perdre tous vos livres et de vous retrouver devant rien (bien qu’ils sont également conservés dans un nuage dans le cas d’Amazon)? Vous n’avez qu’à télécharger le programme Calibre qui vous permet de gérer votre bibliothèque et même de transformer les formats (mais ça ne sera pas pour aujourd’hui, je vous épargne le technique pour le moment!).

Vous avez peur que la satanée odeur du papier vous manque? Aucun problème : pour 85 €, vous pouvez même vous procurer un parfum à l’odeur de papier et d’encre!

Vous n’êtes pas obligés de vous séparer des livres papier à 100 %. Même moi, il m’arrive d’en acheter de temps à autre. Vous aurez toutefois le loisir de choisir le format qui vous apportera la plus grande économie. On ne fait pas pousser l’argent dans les arbres (du moins, je n’ai personnellement pas trouvé comment faire!); aussi bien faire des économies où cela est possible tout en améliorant notre qualité de vie.

Si vous vous lancez dans l’aventure, vous aussi vous finirez par dire : « E-ink, mon amie! ».

Bonne lecture!

* La graphie rectifiée est appliquée à ce texte.

Des carottes, des patates et un ainé*

Stovie

On s’imagine toujours que l’histoire, avec un grand H, ne s’apprend que par l’enseignement scolaire ou bien les ouvrages de référence (en se payant un petit roupillon entre deux dates qui n’ont aucune signification pour nous). J’ai une petite nouvelle pour vous : l’histoire se trouve autour de vous, à portée de main. Vous en faites également partie. Vous ne vous en doutiez pas, n’est-ce pas?

Peu de gens savent que des religieuses canadiennes furent détenues dans un camp de concentration allemand durant la Deuxième Guerre mondiale, et pourtant. Il n’est pas nécessaire de se taper une encyclopédie sur le sujet pour l’apprendre. Non. Il vous suffit de lire le touchant récit de Lise Dion dans « Le secret du coffre bleu », histoire inspirée de textes écrits par sa mère dans de simples cahiers et retrouvés dans un banal coffre bleu après son décès.

Pour plusieurs, les gens ayant eu une incidence sur le développement de la société ont automatiquement eu des vies exceptionnelles dont les accomplissements furent grandioses. En réalité, ces personnes d’exception désiraient souvent uniquement améliorer leur propre sort. C’est le cas de Janette Bertrand et de sa bataille constante pour se prouver qu’elle n’était pas « juste bonne à faire des tartes » (sic). Saviez-vous qu’elle était dyslexique? Étiez-vous au courant qu’elle écrivait tous les textes des pièces de son mari, Jean Lajeunesse, et qu’il en prenait tout le crédit? Cette personne très peu sure d’elle-même, malgré tous ses succès, et ayant un très grand besoin d’amour (encore aujourd’hui) a permis à la femme québécoise de sortir de sa cuisine. Par son cheminement artistique, elle a inspiré des générations de femmes. Elle a changé l’histoire. Son livre intitulé « Ma vie en trois actes » nous dévoile la femme fragile et inquiète qui se cache derrière la personnalité publique, tout en faisant état de la réalité de la société québécoise de l’époque.

C’est également ce que j’ai fait en écrivant « Doux souvenirs au temps de Duplessis »; la connaissance d’un pan de notre histoire par un récit concret. On ne connait de cette époque que les scandales. Toutefois, la politique du gouvernement Duplessis a entre autres permis l’électrification des campagnes, figées dans le dix-huitième siècle, et le développement des régions rurales laissées à elles-mêmes. L’emprise de la religion était totale et plusieurs enfants eurent un destin tragique en étant soit placés à l’orphelinat, dans des institutions psychiatriques ou bien sur des fermes afin de servir de main d’œuvre gratuite. Toutefois, derrière toute cette négativité, une histoire positive a éclairé un peu la noirceur qui plana sur les quinze années de règne de Maurice Duplessis. C’est ce que j’ai relaté avec le touchant récit d’un petit garçon et de sa sœur placés chez des étrangers. Bien que la vie sur la ferme ne fût pas facile, ils furent aimés et échappèrent à un destin qui aurait pu être affreux.

Ce sont quelques exemples de pages d’histoires qui sont écrites avec humanité et émotion et qui parlent de tout un chacun, de gens « normaux » pourrait-on dire. Vous sortirez de ces lectures avec une meilleure connaissance du passé qui a forgé votre présent, sans avoir cogné des clous, tout en profitant d’un récit qui vous reviendra souvent à l’esprit. Vous connaitrez des gens que vous n’auriez jamais connus autrement. Leurs vies, leurs réalités, c’est également celle de tout un peuple, de votre patrimoine.

Arrêtez de traiter les souvenirs de vos ainés comme du babillage sans importance. Ils sont la richesse de notre peuple, les vestiges vivants de notre histoire. Invitez vos parents, vos grands-parents, vos tantes ou vos oncles, peu importe, à votre table. Préparez-leur un beau repas et, entre le service des carottes et des patates, demandez-leur de vous parler de leur vie. Couchez leurs souvenirs sur papier et conservez-les précieusement, comme les trésors qu’ils sont.

* La graphie rectifiée est appliquée à ce texte.