Nouvelle : Le saut de l’ange*

Source: Coolxnalara - DeviantArt

Source: Coolxnalara – DeviantArt

Le temps était soudainement en suspens. Entre le moment où je fus poussée dans le dos et celui où mes pieds quittèrent le tablier du pont, la trotteuse sembla prendre une petite vacance. Je commençai mon saut de l’ange en me disant que la rivière noire ressemblait plus à un miroir de marbre qu’à de l’eau… ce n’était pas bon signe. Je pensai rapidement à ce qui m’avait amenée vers cette fatidique seconde, et je me dis : « Mais pourquoi ai-je donc liké Camille Britton ? »

Deux semaines plus tôt…

Ce soir-là, j’étais toute peinarde dans ma chambre, comme une duchesse négligemment étendue sur ses coussins de soie, ma tablette au bout des doigts. Les mioches étaient dans leur chambre, deux petits morveux qui n’avaient pas arrêté de crier depuis l’heure du souper. Leur père, à qui j’osais à peine à attribuer la dénomination de « mari » tant il était à des années-lumière de ma propre existence, était bêtement affalé devant un match de foot. Je surfais sur Facebook, tentant de me changer les idées lorsqu’une demande d’amitié apparut en haut de la page, telle une bouée jetée providentiellement à la rescousse de mon esprit s’enfonçant dans les eaux tumultueuses de l’ennui. Je ne connaissais pas cette « Camille Britton », mais son avatar de petit chat mignon m’attira. Je connaissais tellement de gens, il était possible que ce soit une amie d’une amie (ou bien une des poufiasses du secondaire ayant oublié toutes les humiliations qu’elle m’avait si gentiment fait subir). Curieuse, j’allai sur sa page afin de connaitre un peu plus l’animal que j’avais ajouté à ma bassecour. Il y avait un beau petit post disant « aimez ma page et gagnez une nouvelle vie ». Une nouvelle vie, rien de moins ! À ce point-ci, à part vendre mon corps sur le coin d’une rue (et encore là !), j’étais prête à faire n’importe quoi pour me sentir à nouveau vivante. Sans trop y penser, je fis comme il m’était demandé et je passai à un autre appel. Je me couchai en me faisant des scénarios du prix à gagner : un million de dollars, un voyage à Hawaii, une croisière à l’autre bout du monde, une nouvelle identité… un tueur à gages pour mon sportif de salon. Je m’endormis, recroquevillée de mon côté du lit, en rêvant à toutes les possibilités qui s’offraient à moi.

Le lendemain, je ne pensais déjà plus à cet étrange concours lorsque je reçus un message privé :

« Bravo ! Vous avez gagné une nouvelle vie. Veuillez trouver ci-joint un questionnaire à répondre le plus honnêtement possible. »

Je savais ce que cachaient ces petits stratagèmes : je me retrouverais avec un abonnement à Weight Watchers, enregistrée auprès de l’Église de scientologie ou bien abonnée à une revue existentielle quelconque. Je me dis que, puisque je connaissais les risques, je saurais éviter les pièges. De plus, je pourrais m’amuser un peu aux dépens de ce (ou cette) supposé Camille Britton. On verrait bien qui était le plus futé !

Q1 : Que voulez-vous changer ? R1 : ma vie (c’est ce que vous m’avez promis, non ?)

Q2 : De quoi avez-vous peur ? R2 : des hauteurs.

Q3 : Quel est votre souhait le plus cher ? R3 : voler comme un oiseau.

Q4 : Que craignez-vous dans la vie ? R4 : la solitude.

Q5 : De quoi avez-vous besoin ? R5 : de solitude.

Je riais à l’intérieur de moi-même : je mettais volontairement mes réponses en contradiction. Je me demandais bien vers quel entubage je serais dirigée. Je finis ce sondage à la con et retournai à mes casseroles : je devais quand même nourrir les êtres inutiles vivant sous mon toit. J’aurais bien retourné deux d’entre eux d’où ils venaient (non pas dans mon utérus, mais bien dans les couilles de leur père) et j’aurais sorti ladite nullité sur deux pattes de ma vie à coups de pied au derrière. Dans les jours qui suivirent, j’allai souvent vérifier ma messagerie Facebook sans trouver aucune réponse de Camille Britton. J’étais assez fière d’avoir eu le dernier mot. Décidément, on me prenait vraiment pour une ménagère sans cervelle !

Je ravalai ma bravade une semaine plus tard, lorsque je trouvai un colis sous mon porche. Il était sommairement empaqueté dans du papier kraft, comme une vulgaire pièce de viande. Je mis mon oreille au paquet : non, aucun « tictac » suspect. J’examinai l’emballage plus attentivement : aucune adresse de l’expéditeur… aucun timbre non plus. J’ouvris avec précaution le paquet pour y trouver deux guides sur la découverte de soi et une carte, que j’ouvris avec circonspection.

« Votre collaboration fut grandement appréciée. Veuillez trouver ci-joint un petit coup de pouce pour achever la mise en place de votre prix. Amicalement, Camille. »

À l’intérieur de ladite carte, je trouvai un billet d’avion et une réservation d’hôtel pour la Provence. Je me demandais si je n’aurais pas intérêt à aviser daredare les autorités : c’était assurément un stratagème pour piéger de pauvres femmes dans les méandres du trafic humain. Je n’étais pourtant plus une petite poulette de dix-huit ans, ce fraudeur aurait dû le réaliser en lisant mon profil, que diable! Je mis le tout dans mon tiroir de chambre et retournai à ma besogne : je devais me préparer, car ce soir c’était mon anniversaire et mon cher mari m’inviterait très certainement au restaurant et au cinéma. Cliché, je sais, mais je ne sortais pratiquement jamais. Ce petit écart du traintrain quotidien m’était suffisant. Toutefois, ce soir-là, j’eus droit à un oubli complet de mon anniversaire tandis que ma mauviette s’installa au salon avec ses amis pour un match de foot. Le lendemain, je fis ma valise, laissai un mot disant : « Je n’en peux plus, je prends des vacances. Je t’appelle dans quelques jours » et partis à l’aventure.

Et c’est comme ça que je me retrouvai perchée sur le bord du pont d’Artuby, un harnais entre les jambes et un élastique démesuré attaché aux chevilles. Les détails de l’étonnant rendez-vous avaient été laissés à mon hôtel, et je fus accueilli sur le lieu de ma bêtise par une équipe se disant envoyée par Camille Britton. Tandis que j’atteignais le bout de mon câble et que je rebondis, semblant voler comme un oiseau, je me sentis enfin libre et légère, pour la première fois depuis des années. À cet instant, je sus pourquoi j’avais liké Camille Britton : pour me prouver que je pouvais aller au bout de mes possibilités, que rien n’était hors de portée aussi longtemps que j’aurai le gout de vivre et que la peur de l’inconnu serait un concept à oublier à l’avenir. Maintenant, je savais ce que je devais faire. Je n’avais pas encore atteint la moitié de ma vie : il était temps de vivre à plein la seconde moitié.

Mais au fait, me demandais-je encore, qui est Camille Britton ?

* Ce texte est conforme à la graphie rectifiée.

Mon blogue fait peau neuve!

1- Image du blog (full non utilisée)

Bienvenue sur mon tout nouveau blogue, consacré totalement à l’écriture. Vous y trouverez mes articles précédents sur le sujet et, dans les prochaines semaines, je publierai quelques nouvelles littéraires gratuitement. Je vous ferai également part de mes lectures « coups de cœur ».

J’ai aussi ajouté un extrait de « Point de rupture », mon dernier roman (à l’extrême droite de la barre de menu).

Gare au roman… de gare! *

Gare au... roman de gare

« Ce n’est qu’un roman de gare! » Qui n’a pas entendu cette expression, généralement proclamée avec mépris et condescendance, à propos d’un livre jugé de piètre qualité? Dans les faits, qu’en est-il réellement de ce fameux concept?

Le principe du roman de gare fut mis de l’avant au milieu du dix-neuvième siècle par un brillant homme d’affaires qui implanta un vaste réseau de kiosques, offrant différentes babioles aux voyageurs en mal de divertissements, tous établis le long du réseau ferroviaire britannique. L’idée fut reprise quelques années plus tard par la célèbre Librairie Hachette qui mit sur le marché une collection spéciale de bouquins, d’un format plus réduit (le précurseur du roman de poche), à être vendus au sein de ce qui deviendra les bibliothèques des chemins de fer à travers la totalité du réseau ferroviaire français, dont elle avait d’ailleurs le monopole total.

Qu’est-ce qui caractérise le roman de gare? Une lecture distrayante et facile, incluant divers genre littéraire, allant du polar à l’espionnage en passant par la romance. C’est généralement un livre plutôt court et concis dont le seul but est de divertir les gens sans arrière-pensée. On oubli alors les briques de cinq-cents pages et les histoires complexes à la De Vinci Code, Millenium ou bien (de grâce!) Fifty Shades of Grey (non pas parce que c’est une histoire complexe, mais bien parce qu’il est trop volumineux et… que vous risquez fort de rater votre prochaine station, de sauter sur votre voisin de voyage comme une chatte en chaleur ou bien de mouiller indécemment votre siège de train!). Retournons aux choses sérieuses… où en étais-je déjà? Ah oui, les caractéristiques du roman de gare. Bien que ce ne soit pas une règle absolue, ce type d’ouvrage est souvent quelque peu humoristique.

Pourquoi ce type de littérature est-il si péjorativement estimé? Probablement parce que le roman de gare se vend bien et que les intellectuels n’apprécient pas le phénomène. Avec l’arrivée des liseuses et tablettes électroniques, le nombre de pages d’un livre n’est plus un obstacle en voyage. Toutefois, le style du roman de gare est unique : léger et divertissant, ces deux caractéristiques n’étant en rien synonyme de navet.

Voici donc quatre romans de gare que j’ai eu la chance de lire cet été :

« Je ne suis que la secrétaire » par Laurence Lopez Hodiesne.

Gare au... roman de gare (Je ne suis que la secrétaire)

Écrit sous la forme d’un guide de la parfaite secrétaire, je n’ai pu m’empêcher de rire à de très nombreuses reprises. Travaillant moi-même dans le domaine du secrétariat et de l’administration depuis vingt ans, plusieurs situations racontées avec délice par Laurence ont fait remonter plusieurs souvenirs de situations particulières que j’ai vécues. Ce livre n’est pas seulement dédié aux secrétaires, mais bien à toute personne voulant avoir une idée du quotidien des gens qui vous accueils souvent au sein d’une entreprise ou bien qui on la difficile tâche de vous répondre, un sourire dans la voix, lorsque vous téléphonez pour un rendez-vous ou bien vous plaindre. Un pur délice!

« Un taxi pour Khamût Khan » par Anto Sass.

Gare au... roman de gare (Un taxi opur Khâmut Khan)

Un roman d’espionnage abracadabrant, où action, aventure et humour britannique sont au rendez-vous. Un mélange de James Bond séducteur… mêlé de quelque chose à la Austin Power (vous voyez le genre!). De belles femmes, de belles voitures, de gros canons (heu… je parle des armes là!) et deux agents secrets, un Britannique et un Écossais, qui s’amusent parfois un peu trop en oubliant presque l’objectif premier de leur mission. Vous trouvez que votre vie manque de piquant? Lancez-vous dans la lecture de la série « Éternel SIS »!

« L’amour comme s’il en pleuvait » par Azel Bury.

Gare au... roman de gare (L'amour comme s'il en pleuvait)

Moi qui ne suis pas du tout romantique, je n’ai pu m’empêcher de le lire en une seule après-midi. Ce livre me rappelle quelque peu le style du célèbre Bridget Jones’s Diary de Helen Fielding. C’est une histoire drôle qui parle d’amitié et d’amour malgré certaines situations loufoques et plusieurs quiproquos qui auraient pu foutre en l’air toute cette belle harmonie. C’est le genre d’histoire qui met du baume au cœur et qui nous réchauffe par une froide soirée d’hiver. L’amour, ce n’est pas toujours compliqué : ça peut être si doux et si simple!

« Cover up 101 » par … Caroline Plouffe.

Couverture (noire)

En parlant de froide soirée hivernale, comment pourrais-je passer sous silence mon petit dernier à l’humour sarcastique publié il y a quelques mois? Vous vous demandez ce que vous feriez si vous tuiez votre meilleure amie par erreur? Lisez Cover up 101 et apprenez quoi faire ou ne pas faire dans une situation semblable! Chloé a les mains pleines de pouces et n’a vraiment aucun sens pratique. De plus, tous les éléments sont contre elle : une clé perdue, un incendie, une minuscule voiture, une tempête de neige, un policier un peu trop à cheval sur les procédures… et tout ça en quelques heures seulement. Réussira-t-elle à maquiller le meurtre de Claire en accident de la route? Rien n’est gagné d’avance!

J’espère que j’ai su vous faire voir le côté noble du roman de gare, qui est un genre littéraire en vogue depuis plus de 165 ans. On pourrait de nos jours l’appeler le roman d’aérogare, de terminus de bus de salle d’attente d’hosto ou de dentiste. Un style sur mesure pour le cerveau surmené qui a besoin de se détendre et de se changer les idées sans s’emmêler les neurones.

Pour découvrir les derniers romans parus dans cette catégorie littéraire ou bien pour suggérer vos propres « lectures de gare », je vous invite à visiter et joindre le groupe « Romans de gare » sur Facebook :

Gare au... roman de gare (groupe)

Vous pourriez y faire des découvertes intéressantes et vous découvrir une nouvelle passion littéraire!

* La graphie rectifiée est appliquée à ce texte.

Entre les deux mon cœur balance !*

Entre les deux, mon coeur balance

Mais non mes amis, mon cœur ne se balance pas entre deux soupirants! En fait, le mien ne se balance plus, il a trouvé son « match ». Toutefois, le cœur de plusieurs d’entrevous semble toujours se trouver dans l’indécision.

Depuis mon dernier texte concernant les nombreux bénéfices de l’encre électronique (E-ink, mon amie !), plusieurs personnes m’ont dit encore hésiter entre une liseuse et une tablette. Je dois alors leur poser des questions afin de connaitre l’utilisation prévue pour qu’ils fassent le bon choix. Ce n’est pas parce que, pour moi, la liseuse Kindle était la réponse à mes prières (figurativement parlant!) que c’est la même chose pour tout le monde. La liseuse est limitée graphiquement et fonctionnellement comparativement à la tablette électronique. Je vous ai préparé deux petites listes de contrôle tout simple afin que vous puissiez évaluer adéquatement vos besoins.

Entre les deux, mon coeur balance (2)

Il vous suffit maintenant de comparer le nombre de crochets dans chacun des tableaux. Toutefois, si vous avez répondu par l’affirmative pour l’une des options inscrites en gras et que c’est un point important pour vous, je vous suggère fortement d’évaluer la possibilité de choisir cet appareil. Qu’arrive-t-il si vous avez choisi les deux options inscrites en gras et qu’elles sont toutes deux importantes pour vous? Il n’y a aucun mal à avoir à la fois une liseuse et une tablette. Il y a des modèles disponibles dans les deux clans à moins de 100 $.

Si vous êtes un lecteur compulsif, vous dépensez probablement entre 15 $ et 50 $ par mois en livres (c’était mon cas). Avec une liseuse ou bien une tablette, ce montant se verra diminuer de 50 % à 90 %, surtout si vous achetez vos livres sur Amazon.

Pourquoi ne pas vous faire un cadeau cet été : choisir la légèreté, l’économie et l’ergonomie. Ce sera un petit investissement qui vous sera des plus bénéfiques.

Bon été… et bonne lecture électronique!

* La graphie rectifiée est appliquée à ce texte.

E-Ink, mon amie!*

Liseuse

Lorsque je parle des bienfaits de ma liseuse… Je vous vois venir, là! Avant de dire : « Ah non, pas encore un lavage de cerveau au sujet de sa foutue liseuse électronique! », je vous invite à prendre une grande respiration, à vous servir un café ou un verre de vin et à continuer votre lecture, car vous pourriez être surpris.

Je disais donc, lorsque je parle des bienfaits de ma liseuse (qui est devenue indispensable à ma vie de lectrice compulsive!) les gens me répondent immanquablement : « Moi, je ne suis pas capable de lire longtemps sur un écran ». J’ai une grande nouvelle pour vous : moi non plus! C’est tellement vrai que, lorsque je dois vérifier l’un de mes textes, au lieu de tuer des arbres à imprimer le tout (de plus, les cartouches laser ne sont pas données!), je transfert le fichier sur ma liseuse où je peux prendre des notes et surligner des passages afin d’effectuer les corrections plus tard.

Fonctionnement

Le fonctionnement de base de l’encre électronique est tout simple : c’est du magnétisme. Voici un petit dessin qui vous éclairera sur la « mécanique » du processus :

E-Ink fonctionnement

(source de l’image : Actualitté)

Est-ce que vous vous rappelez nos fameuses ardoises magiques? C’est pratiquement du pareil au même. Les particules noires et blanches dansent au rythme des lettres, attirées par de petites électrodes aux extrémités. Le fondement n’est pas très moderne finalement, puisque la société Xerox étudiait déjà cette technologie au milieu des années 60.

Lorsque vous lisez sur une liseuse, vous avez donc l’impression de lire sur une feuille de papier. C’est même mieux, car les pages très blanches du papier donnent parfois mal aux yeux (surtout lorsqu’on lit au soleil) tandis que le fond de la liseuse est un peu grisâtre.

Un appareil standard (comme la Kindle d’Amazon) n’utilise que très peu d’énergie, et il peut survivre des semaines sur la même charge. Comme un livre, l’utilisation d’une lumière d’appoint sera peut-être requise lorsqu’il fait sombre dans la maison. Les liseuses rétroéclairées demandent un peu plus « de jus » (à peine). Pour ce modèle, vous pouvez régler l’éclairage du texte « par en dessous » pour vous aider à lire lorsque votre environnement est plus sombre. Bien que l’écran s’éclaire légèrement, c’est quand même beaucoup moins difficile que de lire sur un écran d’ordinateur ou de tablette puisque l’appareil illumine la surface de l’écran et non pas vos yeux. Une subtile distinction qui fait toute la différence.

Contrairement aux tablettes et aux téléphones intelligents, la liseuse a un écran mat qui ne fait aucune réflexion. Cet appareil est idéal pour lire au soleil.

Types de liseuses et options

Le cout est quand même raisonnable : 79 $ pour une Kindle de base (présentement en spécial à 64 $!), et environ 130 $ pour une Kobo de base. En général, vous ne pouvez pas emprunter de livres électroniques à la bibliothèque avec la liseuse Kindle puisqu’elle ne lit pas le format Epub. Toutefois, vous aurez accès à des centaines de livres à des prix vraiment avantageux. Aussi, il n’est pas requis de posséder une liseuse pour lire sur Amazon : les livres achetés sont conservés dans le nuage et vous pouvez y accéder de votre ordinateur, votre tablette ou bien de votre téléphone intelligent à l’aide d’un programme totalement gratuit. Tous ces beaux appareils peuvent être synchronisés afin que vous passiez de l’un à l’autre facilement, en continuant votre lecture où vous étiez rendu. De plus, l’application favorise la lecture à l’écran en apposant un filtre (si désiré) afin d’amenuiser la luminosité de votre écran.

Avantages incontestés

Vous trainez votre bibliothèque avec vous en tout temps : si vous êtes entre deux livres ou bien changez d’idée de lecture, vous pouvez changer de livre en un seul clic du doigt.

La liseuse est très légère : adieu mal de poignets ou difficulté à lire tout en mangeant. De plus, vous pouvez la tenir facilement à une seule main en tournant les pages avec cette même main (très pratique lorsque vous avez deux chats qui décident que vous êtes le coussin idéal pour s’octroyer un roupillon!).

Un roman se vend normalement entre 20 $ et 30 $. Les livres électroniques se vendent généralement sous la barre des 15 $. Une grande sélection de livres est offerte en promotion gratuite (en provenance d’éditeurs ou d’auteurs indépendants) ou à moins de 5 $. Vous découvrirez ainsi de nouveaux auteurs qui vous amèneront à travers des expériences de lecture mémorables. Personnellement, j’ai abandonné la lecture des deux derniers romans édités que je lisais, car ils étaient plutôt ennuyeux. J’aime la fougue et la stupéfaction que m’apportent souvent les nouveaux auteurs.

Vous craignez de perdre tous vos livres et de vous retrouver devant rien (bien qu’ils sont également conservés dans un nuage dans le cas d’Amazon)? Vous n’avez qu’à télécharger le programme Calibre qui vous permet de gérer votre bibliothèque et même de transformer les formats (mais ça ne sera pas pour aujourd’hui, je vous épargne le technique pour le moment!).

Vous avez peur que la satanée odeur du papier vous manque? Aucun problème : pour 85 €, vous pouvez même vous procurer un parfum à l’odeur de papier et d’encre!

Vous n’êtes pas obligés de vous séparer des livres papier à 100 %. Même moi, il m’arrive d’en acheter de temps à autre. Vous aurez toutefois le loisir de choisir le format qui vous apportera la plus grande économie. On ne fait pas pousser l’argent dans les arbres (du moins, je n’ai personnellement pas trouvé comment faire!); aussi bien faire des économies où cela est possible tout en améliorant notre qualité de vie.

Si vous vous lancez dans l’aventure, vous aussi vous finirez par dire : « E-ink, mon amie! ».

Bonne lecture!

* La graphie rectifiée est appliquée à ce texte.

Des carottes, des patates et un ainé*

Stovie

On s’imagine toujours que l’histoire, avec un grand H, ne s’apprend que par l’enseignement scolaire ou bien les ouvrages de référence (en se payant un petit roupillon entre deux dates qui n’ont aucune signification pour nous). J’ai une petite nouvelle pour vous : l’histoire se trouve autour de vous, à portée de main. Vous en faites également partie. Vous ne vous en doutiez pas, n’est-ce pas?

Peu de gens savent que des religieuses canadiennes furent détenues dans un camp de concentration allemand durant la Deuxième Guerre mondiale, et pourtant. Il n’est pas nécessaire de se taper une encyclopédie sur le sujet pour l’apprendre. Non. Il vous suffit de lire le touchant récit de Lise Dion dans « Le secret du coffre bleu », histoire inspirée de textes écrits par sa mère dans de simples cahiers et retrouvés dans un banal coffre bleu après son décès.

Pour plusieurs, les gens ayant eu une incidence sur le développement de la société ont automatiquement eu des vies exceptionnelles dont les accomplissements furent grandioses. En réalité, ces personnes d’exception désiraient souvent uniquement améliorer leur propre sort. C’est le cas de Janette Bertrand et de sa bataille constante pour se prouver qu’elle n’était pas « juste bonne à faire des tartes » (sic). Saviez-vous qu’elle était dyslexique? Étiez-vous au courant qu’elle écrivait tous les textes des pièces de son mari, Jean Lajeunesse, et qu’il en prenait tout le crédit? Cette personne très peu sure d’elle-même, malgré tous ses succès, et ayant un très grand besoin d’amour (encore aujourd’hui) a permis à la femme québécoise de sortir de sa cuisine. Par son cheminement artistique, elle a inspiré des générations de femmes. Elle a changé l’histoire. Son livre intitulé « Ma vie en trois actes » nous dévoile la femme fragile et inquiète qui se cache derrière la personnalité publique, tout en faisant état de la réalité de la société québécoise de l’époque.

C’est également ce que j’ai fait en écrivant « Doux souvenirs au temps de Duplessis »; la connaissance d’un pan de notre histoire par un récit concret. On ne connait de cette époque que les scandales. Toutefois, la politique du gouvernement Duplessis a entre autres permis l’électrification des campagnes, figées dans le dix-huitième siècle, et le développement des régions rurales laissées à elles-mêmes. L’emprise de la religion était totale et plusieurs enfants eurent un destin tragique en étant soit placés à l’orphelinat, dans des institutions psychiatriques ou bien sur des fermes afin de servir de main d’œuvre gratuite. Toutefois, derrière toute cette négativité, une histoire positive a éclairé un peu la noirceur qui plana sur les quinze années de règne de Maurice Duplessis. C’est ce que j’ai relaté avec le touchant récit d’un petit garçon et de sa sœur placés chez des étrangers. Bien que la vie sur la ferme ne fût pas facile, ils furent aimés et échappèrent à un destin qui aurait pu être affreux.

Ce sont quelques exemples de pages d’histoires qui sont écrites avec humanité et émotion et qui parlent de tout un chacun, de gens « normaux » pourrait-on dire. Vous sortirez de ces lectures avec une meilleure connaissance du passé qui a forgé votre présent, sans avoir cogné des clous, tout en profitant d’un récit qui vous reviendra souvent à l’esprit. Vous connaitrez des gens que vous n’auriez jamais connus autrement. Leurs vies, leurs réalités, c’est également celle de tout un peuple, de votre patrimoine.

Arrêtez de traiter les souvenirs de vos ainés comme du babillage sans importance. Ils sont la richesse de notre peuple, les vestiges vivants de notre histoire. Invitez vos parents, vos grands-parents, vos tantes ou vos oncles, peu importe, à votre table. Préparez-leur un beau repas et, entre le service des carottes et des patates, demandez-leur de vous parler de leur vie. Couchez leurs souvenirs sur papier et conservez-les précieusement, comme les trésors qu’ils sont.

* La graphie rectifiée est appliquée à ce texte.

La maison ressuscitée

maison

* La graphie rectifiée est appliquée à ce texte.

Lorsque j’ai entrepris l’écriture de « Causalité paradoxale », je tenais à ce que l’histoire soit le plus réaliste possible. Je désirais que les gens puissent « googler » certains termes et être en mesure de réaliser que mes propos se tenaient malgré la complexité de certains aspects. C’est le cas des algues du fameux lac Klamath par exemple ou bien le principe même d’une causalité paradoxale. Ce souci du détail m’a demandé énormément de recherche d’un point de vue technique, mais aussi en ce qui concerne les lieux où se passait l’action.

Je connaissais déjà, en raison de mon vécu, plusieurs endroits : le kiosque du parc Beaubien au coin d’Iberville et Beaubien. Pour mon livre, j’ai imaginé l’ancienne brochetterie Beaubien de ma jeunesse avec son auvent bleu poudre fané. Ce fut plus difficile pour la maison de Marc Arsenault à Westmount, puisqu’il m’était impossible « d’effectuer une reconnaissance du terrain. À l’aide de « Google Street », j’ai amorcé ma marche virtuelle au cimetière devant lequel je suis passée de nombreuses fois durant mes études aux HEC pour finalement réussir à dénicher la maison idéale. Essayez de votre côté : allez tout au bout de la rue Oakland à Westmount et vous verrez la fameuse maison (à droite), qui est en quelque sorte la pierre angulaire de l’histoire.

L’idée de mettre en place le laboratoire de Michael St-Pierre en bordure du village de Carlsbad Springs m’est venue plus tard, lors de mes déplacements quotidiens vers Ottawa. Tous les jours, je passais devant une maison désaffectée qui avait, à mes yeux, un énorme potentiel. Je trouvais extrêmement dommage que personne n’y habite et, si j’avais eu de l’argent, je l’aurais même achetée pour faire comme Michael. Mais non, pas un laboratoire de recherche en microbiologie (vous l’aviez compris, j’espère!), mais une écurie avec des chevaux. Dans la réalité, l’état de la maison était encore pire que dans l’histoire : les fenêtres dépourvues de vitres étaient placardées de feuilles de contreplaqués, le toit était troué à plusieurs endroits et l’herbe devant la bâtisse s’était transformée en foin. Chaque fois que je passais devant la maison, je ne pouvais m’empêcher de rêver un peu à une étable à moi… et aussi à plusieurs scènes de mon livre. Je me suis toujours sentie étrangement proche de cette maison, comme si je connaissais un secret inconnu de tout un chacun.

Un jour, je remarquai qu’un chemin menant de la route au porche de la maison avait été tondu. Quelque temps plus tard, un nouveau toit de bardeaux commença à remplacer l’ancien revêtement (voir l’image illustrant l’article). Ce fut par la suite une nouvelle fenestration et un rafraichissement du revêtement de bois blanc de la maison. Je n’ai jamais vu d’enseigne indiquant que la maison était à vendre, mais, il y a quelques mois, j’ai remarqué une nouvelle clôture blanche à la droite de la demeure, exactement où je l’aurais mise si j’avais eu les moyens de mettre à jour mon projet idyllique. Et puis, un matin de cet été, une grande joie m’a envahi : j’aperçus trois chevaux brouter à l’intérieur de l’enclos. Par la suite, un second enclos fit son apparition à la gauche de la maison et plusieurs chevaux vinrent grossir les rangs du premier arrivage. Il y a maintenant une dizaine de têtes partagées de part et d’autre de cette (maintenant) belle maison de campagne.

Je sais que j’y suis pour rien, mais je ne peux m’empêcher de me dire que j’avais vu juste : cette maison avec tout le potentiel d’accueillir en son sein une écurie digne de ce nom. On ne sait jamais, peut-être un jour je verrai une annonce indiquant qu’il est possible de prendre des cours d’équitation. J’aurais peut-être même l’occasion de visiter l’intérieur de la maison. Je pourrais alors me laisser aller à croire que cet endroit fut jadis le théâtre d’un grand évènement. Je pourrai sourire en pensant qu’un jour l’humanité fut sauvée par deux voyageuses du multivers qui n’avaient comme but premier que de rendre une personne heureuse.

Vous savez, la réalité rejoint parfois la fiction. On ne sait pas ce qui s’est peut-être passé un jour à cet endroit, dans un univers parallèle au nôtre. Comme vous voyez, on ne s’ennuie jamais dans ma tête!

Onéreusement unique

Livres

* La graphie rectifiée est appliquée à ce texte.

Il y a eu cet été un débat sur le prix unique du livre afin d’aider les librairies du Québec à se maintenir à flot. L’enjeu : que le gouvernement vote une loi qui figerait les prix de toutes les nouveautés pour x mois (3 à 9 mois selon les intervenants) afin d’augmenter les ventes des petites librairies et de diminuer les ventes aux grandes surfaces comme Wal-Mart, Costco et Amazon, qui disposent de prix de volumes et peuvent se permettre des rabais plus généreux.

Sur papier, tout le monde est d’accord (même les consommateurs). Dans les faits, c’est encore le consommateur qui est le grand perdant, ensuite c’est l’auteur (qui ne reçoit généralement que 10 % de redevances sur les ventes) et finalement l’éditeur et la librairie. Comment viens-je à cette conclusion? Suivez-moi bien dans mon raisonnement, qui est avant tout celui d’une grande consommatrice de livres. Nous allons commencer par ce qui est des livres en format papier. Les livres sont déjà extrêmement dispendieux. Personnellement (lorsque je lisais encore des livres papier), je n’achetais jamais de nouveautés. J’attendais toujours les rabais. De plus, dans les dernières années, j’achetais des livres d’auteurs moins connus. J’avais souvent deux ou trois livres pour dix dollars. Est-ce que vous croyez sincèrement qu’il va se vendre le même nombre de livres s’il n’y a aucun rabais? Non. Les ventes de livres papier baisseront encore plus. Qui sont les vrais coupables du déclin des librairies ayant pignon sur rue (pas juste au Québec en passant)? Les voici :

  • les distributeurs en gros (Wal-Mart, Costco, Amazon)
  • les bibliothèques (même si personne n’ose jamais mentionné ce joueur de l’industrie)
  • les livres électroniques
  • les auteurs autoédités (surtout aux États-Unis et en Europe, car c’est encore mal vu au Québec)

Je vais débattre point par point à partir du bas (pour vous tenir éveillé!). Les auteurs autoédités ne peuvent généralement pas vendre leurs livres dans les librairies ayant pignon sur rue, ou même dans les librairies en ligne connues, comme Archambault pour n’en nommer qu’une. Un auteur indépendant ne peut pas offrir ses œuvres dans les bibliothèques, qui n’acceptent que les auteurs publiés par des éditeurs reconnus. Certains auteurs utilisent des éditeurs à compte d’auteur ou font affaire directement avec un imprimeur pour offrir des livres en version papier, mais à un prix très élevé puisque l’impression se fait généralement à la demande. Le meilleur allié de l’auteur indépendant : Amazon, qui lui permet d’offrir ses livres à 0,99 $ afin de bénéficier de l’effet de masse (livres moins chers = plus de ventes). Il n’a pas été spécifié clairement si ces auteurs indépendants seraient touchés ou non par une loi du prix unique, mais j’en doute puisqu’ils sont des parias au sein de l’industrie du livre au Québec. Point négatif pour moi : le Québécois moyen n’achète pas vraiment de livres électroniques sur Amazon, le format électronique ayant de la difficulté à prendre son envol.

Le livre électronique traditionnel (offert par les éditeurs reconnus) est-il réellement une menace pour le livre papier? Pas vraiment. Un livre électronique est vendu, au Québec, environ 70 % du prix du livre papier. C’est trop et c’est pourquoi le livre électronique dans le marché des VRAIS éditeurs ne monte pas vraiment, pas assez pour être une menace en tout cas. L’auteur ne reçoit pas plus d’argent, c’est l’éditeur qui s’en met plein les poches. Croyez-vous vraiment que je vais acheter un livre électronique à quinze ou seize dollars? Non. Pour ma part, je me suis rabattue sur les auteurs autoédités anglophones, tandis que ma belle-sœur emprunte des livres électroniques à la bibliothèque (elle n’en achète jamais), que mon père emprunte également des livres à la bibliothèque, mais en format papier… et que mon mari m’emprunte mes livres! Si vous regardez bien, ça fait peu de ventes, ça!

Ce qui nous amène au joueur dont on ne prononce jamais le nom dans ce débat : les bibliothèques. Comme je viens de vous le démontrer, beaucoup de gens empruntent des livres sans jamais en acheter, et ce, depuis des années (surtout dans les régions où les bibliothèques fleurissent). Je n’ai pourtant jamais entendu dire que ces institutions étaient une menace pour l’industrie du livre. Étrange. Je serais curieuse de faire un sondage à ce sujet.

Pour finir, nous avons les grandes surfaces. Ces géants à gros pouvoir d’achat vendent au rabais pour plusieurs industries (électroménagers, films, CDs, vêtements, etc.). Est-ce que ces autres industries demandent une loi spéciale pour les aider à rester à flot? Non, elles font des rabais (ou bien elles ferment les portes, c’est malheureusement le jeu de la concurrence). Peut-être que, si l’éditeur s’en mettait un peu moins dans les poches, les livres pourraient se vendre à un prix raisonnable. Est-ce que vingt-cinq dollars pour un livre de moins de deux-cent-cinquante pages vendu en librairies est raisonnable? Non, c’est décidément trop élevé. Est-ce que c’est de la concurrence déloyale? Non, c’est le jeu de la concurrence et je ne vois pas pourquoi l’industrie du livre aurait un passe-droit.

Les librairies pourraient se regrouper et créer une grosse entreprise centrale (dont ils auraient tous une part du gâteau) afin de pouvoir bénéficier des achats de masse et vendre au rabais. Les livres électroniques pourraient également être offerts à cinq dollars ou moins. Il y a des solutions pour améliorer les choses sans punir tout le monde en donnant un grand coup d’épée dans l’eau. Il faut arrêter de stagner et aller avec le mouvement. Ça s’appelle É.V.O.L.U.E.R.

Ça me brule la langue de le dire, mais je suis très heureuse que le gouvernement libéral ait envoyé aux oubliettes ce projet de loi provenant du Parti Québécois de Pauline Marois. Ce n’est cependant que partie remise à mon avis, et ce débat reviendra très certainement sur le tapis à un moment ou un autre.

Pour ma part, je refuse d’entrer dans le cirque : envoyer son manuscrit à des dizaines de maisons d’édition, attendre jusqu’à un an pour des réponses (lorsqu’il y en a), demander le retour (à ses frais) de ces manuscrits pour se rendre compte qu’il est évident qu’ils n’ont pas été lus, changer complètement son écriture (donc dénaturer son art) pour répondre à la demande commerciale et, en fin de compte, ne recevoir que 10 % du fruit des ventes (et ce n’est pas parce que votre livre parait dans tous les Archambault qu’il ne sera pas retourné pour destruction au bout de trois mois pour faire place aux nouveautés). Je l’avoue, j’aimerais vendre des centaines de copies, que les gens me disent que ce que je fais est bon, qu’ils m’aident dans ma démarche en parlant de moi à leurs amis et leurs familles, etc. J’ai cependant décidé que si je regardais que les côtés négatifs, j’arrêterais de faire ce que j’aime vraiment : écrire. Donc j’écris ce qui me plait avec un style d’écriture propre à moi, je dépense plus d’argent que j’en fais dans cette aventure, mais au moins je suis satisfaite. Satisfaite de m’entêter et de ne pas lâcher sous prétexte que c’est inutile.

Au fond, qu’est-ce que la renommée? Il suffirait qu’un de mes livres soit sauvé de l’apocalypse pour devenir un des derniers vestiges de la civilisation et donc un trésor inestimable! Ce n’est pas pour rien que je suis auteure : j’ai une grande imagination!

Connaitre le gout du nénufar!

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C’est quoi ce titre à la con rempli de fautes d’orthographe? vous demandez-vous. Lisez et vous comprendrez! Ce n’est pas un mystère : la langue française peut être compliquée. Pour avoir jeté un coup d’œil à la façon dont elle est enseignée de nos jours (une collègue très bonne en français avait de la difficulté à comprendre le devoir de français de son fils… j’ai compris pourquoi en tentant de démêler ce charabia à mon tour), je comprends que cela va de mal en pis!

La nouvelle orthographe (ou plutôt l’orthographe moderne) aide à rectifier certaines anomalies de la langue, comme les trémas sur le « u » de « aigüe » au lieu du « e », le retrait des accents circonflexes sur « i » et « u » pour les mots comme « gout » et « connaitre », l’ajout d’un accent grave et le retrait d’une des consonnes doubles pour les mots comme « renouvèlement » et « étiquètera », le remplacement du trait d’union par la soudure dans certains mots composés d’un verbe suivi d’un nom comme « portemanteau », « essuietout » ou encore dans « entrejambe », et j’en passe. Le but des accents sur les mots est censé être la distinction phonétique. À quoi cela sert-il d’avoir un accent circonflexe sur « gout » et « connaitre »? Vous l’avez deviné, cela ne sert à rien! La graphie rectifiée a pour but de corriger certaines erreurs du passé ou, plus exactement, de rendre l’orthographe plus logique. Pour ceux qui croient que ces changements équivalent à un nivèlement vers le bas, détrompez-vous!

Cependant, je crois qu’une réforme en profondeur aurait pu être faite. Avec un ajustement à moitié (pour ne pas être trop violent dans le changement), on se ramasse encore avec des exceptions à la règle!

Par exemple, on aurait pu souder tous les mots composés d’un verbe et d’un nom (sauf si cela risque de créer une erreur de prononciation). On écrirait donc « gardecôte », « curedent » et portecouteau », par exemple. Tant qu’à remplacer le « ph » de « nénuphar » par un « f » (nénufar), pourquoi ne pas faire de même pour « éléphant » (éléfant) puisqu’on dit bien « enfant », ou pour « atmosphère » (atmosfère) puisque nous écrivons « mongolfière »? Dans ce deuxième cas, est-ce à cause du mot « sphère »? Changeons-le pour « sfère » et n’en parlons plus! J’en conviens, c’est un peu moins joli au premier coup d’œil. Toutefois, souvenez-vous lorsqu’on a commencé à écrire « clé » au lieu de « clef ». On disait la même chose et pourtant, maintenant, c’est de voir le mot « clef » qui fait bizarre, non? On a la lettre « f » pour faire ce son, pourquoi utiliser le « ph » pour la même phonétique? Que dire du « w » qui doit être prononcé « v »? Pourquoi ne pas inscrire « vagon » au lieu de « wagon »? Personnellement, ça me fait friser les oreilles lorsque j’entends « Valter » au lieu de « Walter »! Tabou de tous les tabous : si j’aurais. Je me fous un peu que Madame « Si » n’aime pas Monsieur « Rais ». On dit bien l’avoir su, je ne l’aurais pas fait? le « rais » suivant un « si » est pourtant accepté lorsque le « si » n’est pas un introducteur d’hypothèse, mais bien une interrogation indirecte, comme « Je me demandais si on pourrait aller marcher ». Pourquoi faire un esclandre lorsqu’on dit « Si j’aurais su, je ne l’aurais pas fait? » Avec la graphie rectifiée, tous les verbes en « eter » et « eler » se conjuguent comme « acheter » et « peler »… sauf « Appeler » et « jeter ». Pourquoi? Nous créons encore une exception quand il serait plus simple d’écrire également « je jète » et « j’appèle ».

Ça, c’était pour ce qui serait quand même assez simple à corriger. Il en est tout autrement pour le genre des mots! Est-ce UN esclandre ou UNE esclandre? Ou bien, UN ascenseur ou UNE ascenseur? Pour ma part, pourvu que ça monte et que ça descende, je n’ai pas de problème avec le sexe du bidule! Pourquoi dit-on « UNE automobile » pour également dire « MON automobile » (au lieu de « MA automobile ») Ce serait donc plus intelligent que le mot « automobile » soit masculin. Les voyelles en début de mot sont instables et le genre du mot tient parfois de la devinette. Avec le temps, on connait le genre, mais ce n’est pas facile lorsqu’on essaye de faire comprendre la logique de la langue à quelqu’un. Lorsqu’on peut mettre « le » ou « la » devant un mot (qui débute par une consonne), c’est plus simple. On sait tout de suite que ce sera toujours masculin ou féminin. Cependant, le « l’ » que l’on met devant les mots commençant par une voyelle nous pousse parfois à nous poser des questions. Est-ce « UNE erreur » ou « UN erreur »? « UN escalier » ou « UNE escalier »? À mon humble avis, il faut arrêter de rendre ça plus compliqué que ça l’est en réalité et ne pas grimper dans les rideaux lorsque le genre est mal utilisé pour les mots débutant par une voyelle.

On dirait que les francophones croient qu’en compliquant encore plus la chose, ils prouveront la grande supériorité intellectuelle de la race. Faux : ça fait plus de gens qui ne savent plus où donner de la tête et qui décident de dire « fuck off ». Pour rester vivante, la langue française doit évoluer en même temps que ses utilisateurs. Je ne parle pas d’écrire au son, mais bien d’adapter l’écriture d’un point de vue évolutif. Qu’est-ce qui est mieux : la rectification ou l’annihilation?

Maintenant, si vous avez bien suivi, vous comprenez la raison de ce titre à la con DÉPOURVU de fautes d’orthographe!

MOT DE CHANTAL CONTANT, LINGUISTE

Nous aurions besoin d’une grande réforme linguistiquement, mais nous ne sommes pas prêts socialement à y faire face.

Donc, d’un point de vue technique ou scientifique, il serait approprié d’apporter beaucoup de changements à la langue française écrite pour en régulariser l’orthographe, pour la simplifier. Mais les francophones ne sont pas prêts à accepter de tels changements majeurs.

En tant que linguiste, j’aurais été prête à tout, même à une écriture phonétique puisque l’écriture est, à la base, une convention pour mettre sur papier ce que l’on entend à l’oral : on est toujours en droit d’améliorer une invention humaine si elle a des défauts. Mais, en tant qu’être humain connaissant ses semblables (résistance spontanée aux changements, méconnaissance par le grand public des justifications linguistiques lors de tels changements, et méconnaissance en général de l’histoire de l’orthographe au fil des siècles), le côté sage et limité des rectifications actuelles me convient parfaitement.

J’invite tout le monde à appliquer cette orthographe moderne au quotidien : elle ne défigure pas les textes. Détails sur www.nouvelleorthographe.info.