Critique littéraire : Du diesel dans les veines (la saga des camionneurs du nord)

Synopsis (provenant du site de l’éditeur)

«Plutôt que de toucher le fond de l’ignorance et de l’ennui, les routiers goûtent à un plaisir de nos jours interdit: prendre le temps d’être avec soi. Aller au fond des choses. Ils savent un secret très ancien: celui de la durée.»

De novembre 1975 à octobre 1976, Serge Bouchard a voyagé avec des camionneurs dans le Nord-Ouest québécois. Son but: étudier et observer leur travail pour en faire le sujet de sa thèse de doctorat. Serge Bouchard et Mark Fortier ont transformé la matière de cette recherche ethnographique unique en un portrait vivant et pénétrant du monde des routiers.

Il y est question de mouvement, de routes et de béton, mais aussi des célèbres «truck stops» où domine le personnage de la «waitress», de marginalité, d’infini, de solitude, d’accidents et, surtout, du plaisir d’être camionneur. Le regard de Serge Bouchard transforme la machine et son chauffeur en véritables personnages. Chacun a son histoire, ses cicatrices, son usure, sa musique. On peut parler comme un camion, avec une grosse voix tranquille, de la même manière que les conteurs innus savent parler comme un ours.

Ce livre nous entraîne bien au-delà des routes du Nord à l’époque des grands chantiers de la Baie-James. Il nous parle des mystères de la vie, de la liberté et de la création.

Avant-propos

Ce livre m’a été prêté par mon père, un camionneur retraité. Je croyais tout savoir (ou presque) de mon paternel – après avoir écrit un livre sur sa jeunesse, on l’aurait cru! (Doux souvenirs au temps de Duplessis), mais j’ai découvert au fil d’une conversation qu’il gardait toujours un petit jardin secret, qu’il dévoile au gré de sa fantaisie (petit coquin!). Donc, mon cher père m’a avoué qu’il avait travaillé comme camionneur à la Baie James dans les années soixante, avant que le projet de barrages comme tel commence. Durant notre conversation, il m’a donc prêté ce livre et un autre sur la Baie James (dont je ne ferai toutefois pas la critique).

Critique de l’œuvre

Bravo aux auteurs, (feu) Serge Bouchard, anthropologue, et Mark Fortier, sociologue. À deux, ils ont su extraire judicieusement d’une thèse de doctorat complexe écrite il y a une quarantaine d’années un livre à savourer, que vous soyez camionneurs ou bien un membre de la famille de l’un de ces derniers (ou simplement si le sujet vous intéresse). Ce livre a été publié il y a quelques années seulement, mais on ne sent rien d’anachronique, le phénomène du « truckeur » étant en quelque sorte intemporel.

Ce livre fait l’éloge de ces hommes (eh oui, à l’époque il n’y avait pas de femmes dans le domaine!) dédiés à leur mastodonte et à la route, qu’elle soit en asphalte, en gravier ou en terre battue, sous le soleil, la pluie ou la neige. Plusieurs passages pourtant terre à terre ont quelque chose de poétique. Un court extrait en exemple :

Si la solitude n’était pas pour lui une source d’autonomie et de solidarité, si son isolement ne le plongeait pas dans de profondes méditations, si l’idée du travail n’était pas chez lui celle d’accomplir des prouesses, s’il n’éprouvait pas une véritable joie à conduire sa machine, l’indépendance du truckeur ne serait qu’une illusion désolante. Une fausse conscience. Une tromperie qui masquerait les sacrifices et les souffrances de son travail. Le camionneur serait tombé dans un traquenard : se croyant libre, il serait un força. Il purgerait à son insu une peine de travaux forcés dans une prison rutilante.

N’est-ce pas bien dit?

Pour avoir accompagné mon père à quelque reprise sur la route, j’ai reconnu son comportement en entrant dans un « truck stop » se trouvant sur sa « run » : une familiarité avec l’endroit qui devient, quelque part, la maison loin de la maison le temps d’un repas sur le pouce. Le bon vieux temps où le camionneur, fier de son statut, arborait fièrement son nom ou le nom de son camion sur une plaque sur le nez de son mastodonte; où lui et ses congénères discutaient en « code » sur le CB, objet nécessaire pour rester connecter au reste du monde.

Ce livre comporte également de nombreuses anecdotes de camionneurs routiers, qui rend le tout plus intime. Je suis certaine que, une fois que vous aurez lu ce livre, vous ne direz plus « maudit camion! » sur la route et que vous y penserez à deux fois avant de manquer de respect envers ceux qui, par leur travail acharné, nous permettent, encore aujourd’hui, de ne manquer de rien. Ils sont les rois du bitume; démontrez votre déférence en ayant de la courtoisie envers eux sur la route. Vous y êtes peut-être pour un petit 15, 30 ou 60 minutes, mais eux y passent 10 à 15 heures (et c’était encore plus à l’époque du livre, où les normes n’étaient pas encore établies… ou très peu respectée).

Points de vente

Pour les points de vente ou lire des articles intéressants sur le livre ou l’auteur, Serge Bouchard (décédé en mai 2021), je vous invite à consulter le site de l’éditeur : https://luxediteur.com/catalogue/du-diesel-dans-les-veines/.

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