Critique littéraire – D’après une histoire vraie

Synopsis (quatrième de couverture)

« Encore aujourd’hui, il m’est difficile d’expliquer comment notre relation s’est développée si rapidement, et de quelle manière L. a pu, en l’espace de quelques mois, occuper une place dans ma vie. L. exerçait sur moi une véritable fascination. L. m’étonnait, m’amusait, m’intriguait. M’intimidait. […] L. exerçais sur moi une douce emprise, intime et troublante, don j’ignorais la cause et la portée. »

Commentaire précritique

Ce qui est le plus intriguant à propos de ce livre, que j’ai lu en format poche, est : comment diable s’est-il ramassé dans une boite de plastique à la cave, où je garde seulement quelques livres en format papier (je donne habituellement mes livres soit à la donation du village les dépose dans diverses boites à livres) ? Premièrement, ce n’est pas du tout mon genre de lecture habituel et je ne connaissais pas du tout cette autrice française. La seule option qui m’est venue à l’esprit est qu’il provient d’une voisine de mon père, qui lui donne parfois des livres pour moi pour une raison inconnue. Pourquoi l’ai-je gardé ? Ça, c’est une bonne question. Peut-être est-ce parce qu’il était écrit en caractères assez gros pour un livre de poche (je me suis débarrassée de plusieurs livres, car les caractères étaient décidément trop petits ; je vieillis mes ami·e·s !).

Critique

Je suis très heureuse d’être passée outre le fait que ce livre, présenté comme une autofiction[1], me sortait de ma zone de confort. L’écriture de l’autrice est simple et complète à la fois, laissant couler les mots avec une facilité déconcertante et très plaisante. J’ai même souligné plusieurs passages qui sont venus me chercher pour une raison ou une autre (reproduits à la fin de ce texte). L’histoire d’une femme, qui se sent comme un imposteur, autant en tant que personne qu’en tant qu’autrice. Pour une fois, un livre qui parle de l’emprise d’une personne sur une autre, mais du point de vue de l’amitié soudaine et improbable entre deux femmes au lieu d’une histoire romantique qui tourne au cauchemar. Bien que je n’aie jamais été populaire en tant qu’autrice, j’ai tout de même publié sept romans et plusieurs histoires ; n’en déplaise à plusieurs, je me sentais donc très concernée par l’histoire de cette autrice, désormais incapable d’écrire une seule ligne, moi qui ai abandonné l’écriture après la publication de « Malaimés », le dernier tome de ma trilogie policière. Je me sentais aussi un lien avec cette femme qui se trouve inadéquate sur plusieurs points, admirant celles qui semblent savoir où elles vont et qui elles sont avec facilité, et dont le charme et la sophistication semblent couler naturellement au lieu d’être une bataille constante.

Avertissement : divulgâcheur

Je suis incapable de donner mon opinion complète sur ce livre sans mentionner des éléments qui vendront la mèche ; donc, si vous êtes intéressés par ce roman — que je conseille fortement d’ailleurs — mais que vous ne voulez pas en savoir trop, ARRÊTEZ-VOUS ICI !

Donc, je croyais en cette autofiction, en cette autrice qui avait perdu l’inspiration et qui avait rencontré, par hasard, une femme rapidement devenue une amie qui semble lui vouloir du bien, mais qui s’immisce dans sa vie à son corps défendant. Une manipulation psychologique comme on peut le voir souvent entre un homme et une femme, mais qui survient ici entre deux femmes liées par l’amitié et la passion de l’écriture et non pas par l’amour et la romance. Plus ma lecture avançait, plus je pensais à « Misery » de Stephen King… et vlan, aux deux tiers du livre, un chapitre qui commence par une citation provenant de cette œuvre. Ensuite, l’histoire devient si disproportionnée, l’emprise de L. — l’amie machiavélique — si forte, que je commence à avoir des doutes quant à la véracité de cette histoire qui, je vous le rappelle, s’intitule « D’après une histoire vraie ». Et là, je pense à « La part des ténèbres », toujours de Stephen King. Est-ce que cette amie, cette fameuse L., existe vraiment ? Est-ce l’autrice qui fabule ? L’a-t-elle inventée de toute pièce afin de justifier son incapacité à écrire, à interagir avec ses amis, à passer outre son blocage artistique et, quelque part, par-dessus sa culpabilité d’avoir écrit un bestseller basé sur une histoire vraie, le succès qui la paralyse désormais ? Dans le livre, on revient souvent à la définition réelle d’une histoire vraie, surtout vers la fin. Et là, on comprend (en tout cas, moi j’ai compris) : toute cette partie concernant L. est complètement fausse et seul le blocage littéraire après le succès de l’autrice est réel. Elle s’est servi de ses angoisses et de ses lectures pour écrire « une histoire vraie » qui n’en ait qu’une qu’en surface. J’aurais pu me sentir trahie et trompée après ma lecture, lorsque j’ai parcouru le web pour voir si j’avais bien saisi l’essence de ce livre au titre fallacieux. Mais non, j’ai salué l’ingéniosité de l’autrice, son audace, et je l’ai silencieusement remerciée pour tous les points de réflexion qu’elle m’a fournis tout au long de ma lecture. Qu’est-ce qu’une histoire vraie au fond ? Car, au fond, toute part de livre a quelque chose se rapportant à nous. On écrit avec notre expérience de vie, avec nos connaissances, avec nos peurs, avec nos espoirs et nos doutes. Quelque part, un livre fictif contient toujours une part de vérité, non ?

* Citations

« Aujourd’hui, je sais que ce n’est pas seulement une affaire de disponibilité, mais plutôt de genre, quel genre de femme l’on choisit d’être, si tant est qu’on ait le choix. »

« […] j’ai gardé, je crois, ce regard sur les femmes : une réminiscence de ce désir d’être une autre qui m’a si longtemps habituée. Un regard qui va chercher, chez chacun des femmes que je croise, ce qu’il y a de plus beau, de plus trouble, de plus lumineux. »

« C’était la rentrée. L’heure des fournitures neuves et des bonnes résolutions. Ce moment du commencement ou du recommencement. »

« Ce livre était un aboutissement, une fin en soi. Ou plutôt un seuil infranchissable, un point au-delà duquel on ne pouvait pas aller, en tout cas pas par moi. Après, il n’y aurait rien. La fameuse histoire du plafond de verre, du seuil d’incompétence. […] j’avais, sans le savoir, écrit mon dernier livre. Un livre au-delà duquel il n’y avait rien, au-delà duquel rien ne pouvait s’écrire. »

« Ton livre caché, mois je sais ce que c’est. […] Si tu ne l’écris pas, c’est lui qui te rattrapera. »

« […] pouvons être totalement dupes d’un livre qui se donnerait à lire comme la vérité et ne serait qu’invention, travestissement, imagination. […] Multiplier les effets de réel pour faire croire que ce qu’il raconte a eu lieu. »

« D’ailleurs, ce pourrait être un projet littéraire, écrire un livre entier qui se donnerait à lire comme une histoire vraie, un livre soi-disant inspiré de faits réels, mais dont tout, ou presque, serait inventé. »


[1] D’après le dictionnaire Larousse, « l’autofiction est une autobiographie qui emprunte les formes narratives de la fiction ». L’autofiction est donc un genre littéraire qui consiste à parler de soi, à l’instar d’une autobiographie, mais en romançant sa propre histoire.

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